Ce que nous disent les réseaux sociaux sur la société camerounaise

Les intellectuels, l’élite de la haute administration, les artistes, les multinationales et les grandes entreprises camerounaises vivent hors du temps et sont proprement déconnectées. Non seulement de la réalité de leurs administrés et de leurs clients, ou de leurs intérêts qu’ils sont censés surveiller, mais encore de leur existence virtuelle.

Le cas du premier des Camerounais, Paul Biya, est emblématique de cet éloignement d’avec le peuple, de cette distance fracturant des générations qui, en partage, n’ont plus que le fardeau d’une dette publique de 2110 milliards (Note de conjoncture de la Caisse Autonome d’Amortissement, 2ème trimestre 2012).

La dernière publication du chef de l’Etat camerounais sur Twitter remonte au 08 octobre 2011 : eh bien ! Son existence éphémère sur les réseaux sociaux était l’œuvre de Patricia Balme, qui avait posté en tout et pour tout 57 tweets et enregistré le nom de domaine paulbiya2011.cm: une agence de communication locale aurait évidemment fait plus et plus longtemps. Le profil certifié @PaulBiya ne compte que 1254 followers (abonnés).

En ce qui concerne les entreprises présentes au Cameroun, les statistiques que nous révèlent les « social analytics » et les sites spécialisés de mesure d’audience et d’indexation (peerindex.com, socialbakers.com, etc.) indiquent par exemple que le top 5 des marques les plus dynamiques est constitué de :

1 – MTN Cameroon (24067 fans sur Facebook)
2 – YooMee/Internet Nonstop (12297 fans)
3 – RINGO SA
4 – Yar-technologies.com
5 – Camair-co

Comme quoi, hormis la Camair-co, seules les marques de sociétés de télécommunications accordent une certaine attention aux médias sociaux. Quant aux métiers de la communication, qu’il s’agisse de la presse, de l’audiovisuel ou des agences de communication, leur absence ou du moins leur inefficacité est particulièrement remarquée. Dans le domaine, l’on retient surtout la prééminence du magazine Je WANDA, de Céline victoria Fotso, connue également pour avoir naguère enregistré le nom de domaine Charlesndongo.org. Je Wanda Magazine compte près de 30.000 fans, quand AfriqueITnews.com, camerlangue.org, et djoss.tv ont respectivement 5.000, 800, et 300 fans, soit bien moins que karmerkongossa de Florian Ngimbis qui est la page d’auteur camerounais la plus populaire (1062 fans), ce qui est plus que mérité eu égard au talent et à la régularité du jeune blogueur.

Il faut prendre garde à ne pas confondre l’activité des comptes personnels Facebook à celle des fanpages. Le GICAM par exemple a un compte plein. Mais il ne s’agit pas là d’une initiative qui correspond à une stratégie d’entreprise ambitieuse. La création opportune serait celle d’une community page. Alain Blaise Batongué, le secrétaire exécutif de l’organisation patronale semble d’ailleurs très intéressé par une évolution dans ce sens.

Pougala et Calixthe Beyala pour ne citer qu’eux deux sont extrêmement populaires sur Facebook et ont tous également des « comptes pleins », c’est-à-dire qu’ils ont accepté des amis à ras bord. Chacune de leur publication est « likée », reprise, et généreusement « partagée ». Cette dernière surfe sur la vague de ses anciens succès littéraires, le premier, lui, utilise le réseau social comme un outil de promotion de son travail et de diffusion de ses idées. Ils seraient bien inspirés de capitaliser sur leurs succès d’audience pour créer des pages qui consolideraient leur influence dans les réseaux sociaux, où tout va vite mais ne rien ne dure pas jamais.

L’authenticité a tous les suffrages : les camerounais sont fans de leur pays. Avec 539.300 comptes actifs (soit 72% des usagers réguliers d’Internet) dont 63% d’hommes, le Cameroun est le 15ème utilisateur de Facebook en Afrique, le 103ème au monde. Seuls des pays plus peuplés font mieux. Les 18 – 24 ans sont les plus présents avec 231 899 comptes, suivis des 25-34 ans. On est encore très loin en effet des tranches d’âge gouvernantes.

On l’a relevé précédemment avec le magazine Je Wanda (expression argotique dérivée de l’anglais « I wonder » et signifiant en francamglais j’hallucine), les pages de « camerlangue » ou encore kamerkongossa, les concepts qui font mouche sont ceux qui évoquent directement le parler camerounais ou les deux plus grandes métropoles, Douala et Yaoundé.

Dans le duel à distance que se livrent les deux plus grandes villes du Cameroun, chacune a ses atouts. Et les fans se sont repartis en deux pages distinctes visant à sacrer la première page à atteindre 10.000 fans comme celle ayant l’emporté sur sa rivale. A ce jour, DOUALA défie YAOUNDE:Qui sera le first á avoir 10.000 Fans a une légère avance et totalise 8553 fans devant YAOUNDE défie DOUALA: Qui sera le first á avoir 10.000 Fans qui a engrangé 70602 clics de fans. Ces deux pages sont respectivement les 4ème et les 5ème pages les plus populaires auprès des Camerounais.

Pour ma part, c’est Yaoundé la plus belle évidemment, mais c’est une victoire sans gloire, elle a Tsimi Evouna. Concurrence déloyale donc. Douala, c’est un gâchis ; Douala est la preuve que l’argent ne contribue pas toujours au bonheur (http://www.afrik.com/article26009.html).