Catastrophe climatique au Sénégal

Entre 500 et 600 000 têtes de bétails ont à ce jour trouvé la mort au Sénégal suite à la vague de froid, doublée de pluies inhabituelles, qui s’est abattue les 8, 9 et 10 janvier dernier dans le nord du pays. Bilan provisoire d’une hécatombe qui pourrait bien s’alourdir. Un plan national d’urgence a été mis en place pour limiter l’hémorragie des cheptels.

72 heures de température en chute libre et 72 heures de pluies et de vent ininterrompus ont suffit au Sénégal pour anéantir entre 500 et 600 000 têtes de bétails et occasionner la mort de près de 30 personnes. Trois jours à marquer d’une pierre noire dans les annales du pays. Les 8, 9 et 10 janvier dernier, alors que la saison sèche aurait du battre son plein, le mercure, affichant d’ordinaire des températures avoisinant les 40°, plonge en chute libre pour tomber lourdement sous la barre des 18°. Mais les caprices du temps ne s’arrêtent pas là. Et le vent et les larmes du ciel se jettent aveuglément dans la partie. Inlassablement.

Le froid et la pluie finis, le temps ne laisse derrière lui que tristesse et désolation. Habitations affaissées, troupeaux dévastés, pâturages détruis, habitants en état de choc. Le nord du pays, la zone d’élevage du Sénégal, est en émoi.  » Ce sont les régions de Saint Louis et de Louga qui ont été les plus sévèrement touchées. Mais la catastrophe concerne également les régions de Fatick, de Djourbel et de Caolack. Tous nos agents travaillent sur le recensement des dégâts dans les cheptels mais nous n’avons pas encore de chiffres définitifs. A l’heure actuelle nos bilans font état de la disparition effective de 500 à 600 000 têtes de bétail, toutes espèces confondues « , précise Abdoulaye Niang, le responsable de la Direction national de l’élevage.

Adboulaye Wade sur le terrain

 » Ce qui c’est passé est tout bonnement phénoménal « , déplore Diakaria Diaw, le gouverneur de la région de Louga.  » Nous avons déjà perdu près de 80 000 bêtes ( dont plus de 66 000 ovins et caprins, ndlr) et la région est largement sinistrée, les gens sont désemparés et certains ont tout perdu « , témoigne-t-il après avoir visité la région. Un témoignage qu’il a d’ailleurs partagé samedi dernier avec le chef de l’Etat Abdoulaye Wade venu, en personne, réconforter la population et constater sur place l’étendue du sinistre. Si les chiffres déplorés à Louga semblent impressionnants c’est la région de Saint Louis, avec plus de 460 000 moutons, chèvres et bovins trépassés, qui tient la tête du sombre palmarès.

 » La mort a frappé moins d’un pour cent des mâles. Seules les femelles en gestation, les jeunes bêtes et les femelles qui allaitaient leurs petits ont péri en masse « , rapporte Abdoulaye Niang. Mais au décompte des cadavres d’animaux, s’ajoute une autre inquiétude bien plus grande quant au reste du cheptel.  » Il y a beaucoup de maladies respiratoires chez les rescapés. Le plus dur est à venir car la pluie a fait moisir toute l’herbe des pâturages. Le reste des troupeaux risque de connaître de graves problèmes de malnutrition et une importante mortalité « .

Un plan d’action national

Pour contrer les effets à moyen terme de la catastrophe, le gouvernement a mis en place une Opération secours bétail (OSB), un programme national d’urgence pour parer au plus urgent : la sauvegarde des animaux restant et la reconstitution des différents cheptels. Des initiatives qui, vu l’ampleur de la tache à accomplir, nécessitent l’appui de pays amis pour être pleinement menées à bien.

Immense pour les animaux, le deuil est aussi à porter pour l’Homme. 28 paysans ont trouvé la mort à la suite de l’effondrement de leur maison dont les fondations en argile n’ont pas résisté à l’eau. 15 pêcheurs ont été porté disparus en mer, pris dans la tourmente des flots sur de bien frêles pirogues. Personne n’était tout bonnement préparé à une telle volte-face climatique. Et si certains ont perdu leur troupeau, d’autres ont perdu toute leur récolte. D’arachide notamment, que l’on faisait ordinairement sécher à l’air libre, mais également de riz, en phase de récolte. Les conséquences du déluge glacial de début janvier risquent assurément de se faire sentir sur les marchés. Et la pénurie de moutons que le Sénégal risque d’affronter tout prochainement n’est pas de bonne augure pour le prochain Tabaski (L’Aïd el Kébir sénégalais) en février où le sacrifice sera peut-être de pouvoir s’acheter un animal.