Casse-tête juridico-politique à Zanzibar

La tension monte à Zanzibar : l’opposition insulaire accuse la métropole tanzanienne de faire inscrire indûment des ressortissants du  » continent  » sur les listes électorales. La complexité du statut juridique de l’île ne simplifie en rien les débats.

En Afrique comme partout dans le monde, les îliens sont chatouilleux sur leurs prérogatives politiques. L’avocate Fatma Maghimbi, ancienne dirigeante de l’opposition au Parlement de Tanzanie, vient ainsi de dénoncer l’envoi vers l’île de Zanzibar de 3 000 soldats tanzaniens du continent (mainland).

Dans une lettre envoyée au ministre de la Défense ainsi qu’à plusieurs ambassades de pays occidentaux, Fatma Maghimbi révèle que les militaires ont pour mission de s’incrire sur les listes électorales de l’île. Les natifs de l’île craignent que le résultat de leur vote n’en soit  » dilué « .

Son courrier, qui est émaillé de nombreux détails, n’a pas été démenti par les autorités tanzaniennes. L’avocate y cite également le cas de milliers de jeunes électeurs à qui Arusha aurait confié la même mission depuis des mois. Selon Mme Maghimbi, c’est parce que l’Etat tanzanien a  » oublié  » de payer ces bons citoyens providentiels que le pot aux roses a été finalement découvert.

 » Souveraineté divisible « 

Ces dernières semaines, la situation s’est faite de plus en plus difficile à Zanzibar pour les habitants qui ne sont pas natifs de la petite île, posée sur l’Océan indien à quelques kilomètres des côtes de la métropole tanzanienne. Plusieurs d’entre eux auraient été molestés, simplement parce qu’ils manifestaient le désir de voter sur place.

Le statut juridique de l’île et ses liens politiques avec le continent font, par ailleurs, l’objet d’une controverse déjà ancienne, actuellement ravivée par un procès à la Haute Cour de Tanzanie. Selon la Constitution de Zanzibar adoptée en 1984 et approuvée à Arusha, l’île est un  » Etat souverain «  doté des pouvoirs législatif et exécutif et de l’autorité judiciaire. Mais le même texte dispose que la Tanzanie est une République unie incluant Zanzibar (art.1).

Le 13 avril, l’adjoint au chef de la Justice de Zanzibar avait statué que l’île était  » une souveraineté divisible au sein de la République unie de Tanzanie. «  Avis aux amateurs de casse-tête constitutionnels.