Carthage lutte toujours

Journées Cinématographiques de Carthage : l’enseigne résonne comme une sonnerie de trompes, et il est difficile de ne pas être séduit par l’association implicite de la plus haute antiquité avec l’art le plus contemporain qui soit, le cinéma. Mais le symbole ne s’arrête pas là.

Carthage, c’est la cité éclatante qui met en échec la volonté hégémonique de Rome, et la mémoire des hauts faits de ses armées résonne encore, à travers le temps : le Festival de Carthage est aujourd’hui à l’image de l’armée d’Annibal et d’Hamilcar : un des points de résistance au déferlement des images et des produits de l’Empire contemporain, l’empire américain.

Il y a deux points d’ancrage de cette résistance nécessaire en Afrique, deux manifestations qui alternent, une année sur deux : les JCC à Tunis, et le FESPACO à Ouagadougou. Régulièrement, ces deux événements permettent à de nouveaux talents venus du Sud de la Méditerranée et du Sud du Sahara de se croiser et de se confronter, fraternellement, départagés par un jury dont la première qualité est l’attention fraternelle qu’il leur accorde.

La dernière édition du Festival de Carthage, qui s’est déroulée du 21 au 28 octobre, méritait une attention toute particulière de la part des cinéphiles du monde entier : elle s’est attachée à mettre en avant la relève des jeunes cinéastes du Sud, en leur donnant ainsi plus de chances de pouvoir trouver les financements nécessaires pour créer. Parallèlement, le colloque organisé en marge de la compétition a permis de jeter des passerelles fécondes entre cinéma et télévision, dans les pays du Maghreb. Avec pour mot d’ordre, là encore : priorité à la production, priorité à la proximité, priorité à la diversité culturelle.

Car le combat pour la diversité des cultures passe par le renforcement de chacune d’entre elles. La vitalité de chacune d’entre elles passe désormais par la fécondité de ses créateurs audiovisuels, qu’ils soient cinéastes ou hommes de télévision : tous les créateurs sont désormais embarqués dans la même galère… Faire vivre leur identité, ou accepter que leurs oeuvres et celles de leurs aînés s’effacent progressivement de la mémoire collective.

Carthage 2000 a représenté de ce point de vue un sursaut. La vitalité du paysage audiovisuel africain mérite d’être réveillée et consolidée. Le cri d’alarme des artistes a été explicite : c’est désormais une priorité. Et les gouvernements de tous les pays, au Nord comme au Sud, doivent en prendre conscience.