Carthage 2000 : La muette, court métrage déchirant de Samir Zeidan

Le cinéaste d’origine irakienne Samir Zeidan présente en sélection officielle aux Journées Cinématographiques de Carthage un court métrage poignant qui a profondément touché certains membres du jury.

Les Journées Cinématographiques de Carthage sont traditionnellement l’occasion d’un dialogue fécond entre les cinéastes des Pays arabes, africains et européens. C’est le cas à nouveau cette année avec une programmation exceptionnellement riche en découvertes. Le film de Samir Zeidan  » La Muette  » constitue de ce point de vue un moment d’émotion inégalé.

Emotion noire, évidemment, brutale, sans ambages. Utilisant une grammaire cinématographique simplifiée au maximum, le réalisateur met en scène dans un décor limité la double tragédie vécue par une famille accablée sous le joug d’un père tyrannique. Silence résigné de l’épouse qui intérieurement souffre sans rien oser dire du martyr de ses enfants. Silence obligé de la première victime, sa fille, muette, soumise aux caprices de son père violent. Silence passif de ses fils, témoins eux-mêmes maltraités de ses agissements insupportables.

Famille je vous hais

La brièveté de l’oeuvre, 25 minutes, parvient pourtant parfaitement à faire sentir au spectateur la révolte progressivement impossible à maîtriser face à la brutalité et à l’arbitraire, malgré la résistance sourde, terriblement difficile à vaincre, des usages religieux et sociaux qui protègent un chef de famille contre le mécontentement des siens.

C’est cette attente de la révolte, de plus en plus inévitable, qui donne au film sa densité tragique, jusqu’à la libération finale qui paraît à la fois inéluctable et inimaginable. Il en naît un suspense poignant dont il est difficile d’oublier, la dernière image passée, combien il était pénible. Mieux que tout discours politique, moral, social, culturel, le film réplique un modèle familial autocratique qui existe encore, parfois, en terre d’Islam. Il en montre l’absurdité, l’injustice, le danger.

Son dénouement suscite à la fois interrogations et soulagement. Une fois encore, la surdité des personnages, les uns aux autres, est au coeur d’une tragédie moderne où l’égoïsme et la lâcheté conduisent à une faillite collective. Nul doute que les membres du jury seront, au moins, impressionnés, par cette écriture cinématographique dont la simplicité et la justesse fondent l’efficacité.