Carte blanche pour le Mali

L’exposition  » Mali Kow  » ( » à propos du Mali « ) à Paris met en perspective des objets de collection (masques, fétiches), des photographies, des oeuvres contemporaines et des témoignages filmés. Pour une image juste du Mali et des Maliens d’aujourd’hui.

Des couleurs et une fresque bigarrée, aux accents naïfs qui mettent de bonne humeur. Ce sont  » Les marchés « . La toile qui accueille le visiteur à l’exposition  » Mali Kow  » au Parc de la Villette à Paris. Elle a été réalisée par un jeune peintre autodidacte de Bamako, avec l’aide de 70 enfants du quartier, dont certains n’avaient jamais tenu un pinceau. Une belle entrée en matière pour une exposition riche et instructive qui émerveillera grands et moins grands jusqu’au 24 février 2002.

 » L’exposition est construite comme un voyage « , explique Catherine de Clippel, l’une des commissaires de l’exposition.  » Pour le public de La Villette, très familial, il fallait faire quelque chose de ludique et penser aux enfants « . On tombe ainsi sur des vidéos à hauteur de bambin et une construction en mouvement du marionnettiste Yaya Coulibaly qui en impressionnera plus d’un.

Rotonde de Bamako

Dans la première salle en demi-cercle, la  » Rotonde de Bamako « , l’immersion dans un bain d’images est totale. Sept écrans diffusent des vidéos auxquelles répondent des photographies. Une poétesse, un sculpteur, un journaliste, des photographes, un cinéaste, une sociologue, un peintre et de jeunes rappeurs. Tous s’expriment sur le Mali d’aujourd’hui et abordent des thèmes contemporains : la démocratie, la parité homme-femme, la place des femmes dans la société, la création artistique, la liberté d’expression…

 » Au Mali, le  » connais-toi toi-même  » est primordial. Les gens se posent sans cesse des questions sur qui ils sont, d’où ils viennent. On retrouve cela chez la population immigrée, qui a peur que ses enfants, confrontés à des choses totalement différentes en France, ne sachent plus qui ils sont « , souligne Catherine de Clippel. Et pour donner du Mali l’image la plus juste qui soit,  » loin des idées reçues, des idées clichées, de l’exotisme véhiculés par la presse « , les commissaires ont confronté  » des objets d’arts primitifs, cette histoire ancienne du Mali, à des choses très modernes comme l’art contemporain ou la démocratie.  »

Galerie de portraits

On croisera donc des masques et fers rituels dogon ou bambara, des explications sur la Bamanaya (secret, savoir et pouvoir), les rites de passage, les cultes secrets, les sciences occultes aussi bien que des oeuvres du plasticien Abdoulaye Konaté, du peintre David Coulibaly ou du sculpteur Amahiguere Dolo. La scénographie de l’exposition est magnifique, baignée par une lumière feutrée et chaleureuse. L’ambiance est intimiste.  » Il fallait rendre tangible des concepts, des abstractions, tout en ne faisant pas du virtuel « , note Catherine de Clippel.

Une partie de l’exposition est réservée aux Maliens de France, qui sont plus de 200 000.  » Nous voulions rendre compte de qui ils sont. Que leurs enfants soient fiers de leur héritage africain « , explique Catherine de Clippel.  » Il n’y a pas de centre culturel malien en France, alors chaque Malien est un centre culturel. C’est pourquoi on porte un boubou, c’est pourquoi nous devons parler de ce que nous sommes « . On peut lire cette réflexion de Dia Fodé Sakko, avant d’entrer dans le vif du sujet : une galerie de portraits filmés. Du comédien à l’étalagiste en passant par la lycéenne, le styliste, le prof ou la secrétaire, autant de témoignages d’une communauté qui tient à s’intégrer tout en conservant ses racines et en les transmettant à ses descendants.

 » L’exposition est très bien reçue par les immigrés, qui d’habitude ne vont jamais voir une manifestation de ce type. J’en ai vu certains tellement émus qu’ils avaient du mal à parler. D’autres évoquaient leurs souvenirs d’enfance, c’était très surprenant « , se souvient la commissaire de l’exposition.

 » Mali Kow  » – en bambara  » ce qui concerne, ce qui a rapport avec le Mali  » – est une invitation au voyage à ne pas manquer, reflet d’une société riche, plurielle et complexe.

 » Mali Kow « , du 7 novembre 2001 au 24 février 2002 au Pavillon Delouvrier.

Parc de la Villette. 211, avenue Jean-Jaurès. 75019 Paris

Du mercredi au vendredi de 14h à 18h, samedi et dimanche de 14h à 19h. Portes ouvertes les dimanches 13 et 27 janvier 2002.