Carnet de voyage : « Les vrais paradis sont les paradis qu’on a perdus », Marcel Proust

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Partir comme au XIXe siècle, avec malles et livres, pour de longs mois d’errance en terre étrangère. Partir lentement, à la recherche de l’ailleurs qui ne se dévoile qu’à l’œil de qui sait attendre. Partir vers le mythe, vers l’Orient mordoré et mystérieux des Symbolistes, des derniers voyageurs au long cours.

Flore a entrepris cet impossible périple il y a déjà quelques années. Elle nous montre ici un premier aperçu de ce carnet de voyage en pays rêvé : palmiers solitaires, cours désertées, intérieurs silencieux que seuls quelques humains, quelques chats viennent habiter ici et là. L’artiste est partie à la recherche de l’image du rêve encore blottie dans le réel, et personne comme elle n’excelle à faire parler le passé dans les ombres et les reflets du présent.

Devant son objectif, qu’elle pose au plus près de son sujet – s’interdisant par là trucages et faux-semblants – le temps glisse avec lenteur. De ce corps à corps avec le monde, elle extrait des instants de grâce : une silhouette atemporelle dans une ruelle calme, l’ondoiement de la lumière dans le désert.

Sa quête est nostalgique : l’artiste veut poser ses pas dans ceux des photographes du passé qui ont interrogé le monde avec leur appareil. Qu’est-ce qu’une image ? Qu’est-ce que la mémoire ? La photographie ne réussit-elle pas à bâtir des univers qui deviennent plus réels que le vrai ? A la recherche du reflet de la pyramide de Gizeh dans le Nil, vu sur d’anciennes images et devenu un souvenir presque vécu, Flore à dû se résigner : le barrage d’Assouan a rendu ces jeux de miroir impossibles. Mais forte de cet échec, elle a redonné vie à son image mentale, grâce aux pouvoirs de la photographie. Ainsi, lointaine et comme à peine esquissée, la pyramide se glisse dans l’image et semble sur le point de disparaître…

Qu’avons-nous vu ? Est-ce que le monde est bien là où nous le croyons ?

Retraite d’une femme française en Orient, exil à rebours, ces images invitent le public à se poser et reposer cette question : mes yeux voient-ils vraiment ?

Avec ces presque riens qu’elle nous propose comme autant d’offrandes de temps suspendu, Flore nous élargit le regard – et agrandit le monde d’espaces insoupçonnés.

Début de ce voyage dès aujourd’hui :

11 mai 2012

En avion, deux heures à peine séparent Tunis de Paris, pourtant j’aurais tant aimé y arriver en bateau depuis la baie de Naples.
Le ballet vif des hirondelles, l’odeur des pralines, la gentillesse des passants, au voyageur qui débarque pour la première fois, rien ne laisse aujourd’hui deviner que le Printemps arabe s’est embrasé ici.

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Photo : Adrian Claret-Pérez / L’Oeil de l’Esprit
Texte : FLORE /L’Oeil de l’Esprit