Cap sur Anita Conti

L’exposition  » La Dame de la mer. Anita Conti (1899-1997), photographe  » au Pavillon des Arts à Paris permet de découvrir ou redécouvrir avec bonheur l’aventurière, océanographe et photographe de talent que fut Anita Conti.

Au détour d’un mur immaculé, les marins sont là. Les visages burinés, les mines réjouies ou concentrées, les mousses et les matelots, bérets de côté, cirés luisants et cigarettes aux lèvres. Au travail ou dans leurs couchettes, sur des paquebots ballottés par les flots, goguenards, poseurs ou mélancoliques, les mains pleines de poissons ou des lettres de leurs amoureuses.

Confrontées à la puissance de la houle, au vent, au brouillard, les photographies d’Anita Conti gardent le cap. Elles sont saisissantes, mélange de force brutale et de calme vaporeux. En déambulant dans l’exposition du Pavillon des Arts à Paris, le visiteur prend des embruns en pleine figure, se lavant les yeux au contact des déferlantes et des crêtes d’écume. La luminosité éclatante le dispute aux brumes ouatées.

 » L’eau me renvoie en surface, c’est ma nature. Je n’y peux rien, je flotte comme une baudruche « , écrit Anita Conti. Elle s’embarque dès 1935 pour le compte de l’Office scientifique et technique des pêches maritimes (OSTPM), d’abord sur les propres navires de l’OSTPM puis, les crédits venant à manquer avec la guerre, directement sur les bateaux de pêche. Elle y observe, note et étudie les techniques de pêche, trace des cartes, étudie les fonds. Elle rapporte de ses missions des brassées de clichés photographiques.

Foie de requin

 » Nous avons fait une sélection très pointue pour préparer l’exposition. Nous avons vu plus de 40 000 photos pour en garder environ 200. Depuis, nous nous sommes rendus compte que le fonds photographique d’Anita était en fait beaucoup plus important que cela. Nous l’estimons à 80 000 clichés. Il est mal connu car il est enfermé dans des boîtes, des tiroirs, des caisses. Chaque jour, je découvre de nouvelles photos, dont certaines auraient eu leur place dans l’exposition « , explique Laurent Girault, l’un des commissaires de l’exposition et fils adoptif d’Anita Conti.

De 1941 à 1947, elle sillonne les eaux de la Méditerranée et les côtes de l’Afrique occidentale. Oran, Casablanca, Rabat, Dakar, Abidjan. Dans le but d’améliorer le régime alimentaire des populations, elle étudie les techniques de pêche traditionnelle, définit des méthodes de capture, de conservation, installe des pêcheries, implante des fumeries de poisson. Celle qui écrit, cinglante :  » Pour la majorité des Européens et de l’Amérique du Nord avoir faim, c’est ressentir une agréable sensation d’appétit « , va tenter de promouvoir le foie de requin, riche en vitamines, qui pourrait concurrencer le foie de morue.

 » Créature solide dans le vent « 

En 1947, elle crée en Guinée  » Les Pêcheries d’Outre-mer « . Des divergences entre sa volonté de servir avant tout la population et les intérêts purement financiers de ses associés, la font quitter l’Afrique de l’Ouest en 1957. Elle continue pourtant de consacrer sa belle énergie au monde de la pêche.  » Il lui arrivait encore dans les années 80 – à 81 ans, ndlr – de partir en mer et ce pendant deux mois, elle disparaissait sans que je sache où elle était « , se souvient Laurent Girault.

Celle qui disait  » je ne suis qu’une créature solide à travers le vent  » est morte à Douarnenez en 1997 à 98 ans. C’était une nuit de Noël et surtout, une nuit de tempête. Dernier hommage des éléments à la grande Dame de la mer.

Dans l’exposition, si riche et si émouvante, du Pavillon des Arts, on trouve également des objets personnels : ses jumelles, son appareil Rolleiflex et des clichés qu’elle a elle-même aquarellés avec goût. Et puis des photographies d’elle. Au milieu des marins. Il est agréable de faire un bout de chemin avec cette femme, première océanographe de son siècle, aventurière en diable et si profondément humaine.

Exposition :  » La Dame de la mer. Anita Conti (1899, 1997), photographe « , du 15 juin au 9 septembre 2001. Pavillon des Arts. Les Halles – porte Rambuteau – Terrasse Lautréamont. 75001 Paris. Tél : 33 1 42 33 82 50. Tous les jours sauf le lundi et les jours fériés de 11h30 à 18h30.

A lire : Anita Conti,  » Géants des mers chaudes « , Petite Bibliothèque Payot.