Cantines scolaires : les fruits et légumes marocains rattrapés par la préférence locale en Europe


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Tomates cerises marocaines
Tomates cerises marocaines

En Espagne, l’Aragon suspend son programme de distribution de fruits à l’école pour imposer des produits de proximité. À Madrid comme à Bruxelles, les réglementations poussent désormais les cantines vers le frais, le saisonnier et l’européen. Si ces mesures s’appuient sur des critères de santé publique et de durabilité, ce virage politique intervient au moment où les importations marocaines, notamment de tomates, cristallisent la colère des producteurs européens sur fond de contentieux commercial, sanitaire et géopolitique.

Les cantines scolaires s’imposent comme un nouveau terrain de confrontation agricole en Europe. En Aragon, la conseillère régionale à l’Agriculture, Arancha Simón, a annoncé en cette fin mai la suspension du programme de distribution de fruits dans les établissements scolaires afin de réviser les critères d’attribution des marchés publics. La position de l’exécutif régional vise à empêcher que des dispositifs financés par le contribuable ne bénéficient à des producteurs de pays tiers au détriment des agriculteurs locaux.

Devant le parlement régional, l’élue de Vox a fustigé la présence de poires d’Afrique du Sud et d’oranges d’Égypte sur les plateaux des élèves, alors que la région dispose d’une filière arboricole majeure. Aucun calendrier de reprise n’a été communiqué, mais l’orientation retenue impose un approvisionnement exclusif en circuits courts.

L’essor des clauses de proximité

La décision aragonaise s’inscrit dans un mouvement global de préférence locale qui impacte directement les exportateurs du sud de la Méditerranée. Ainsi, au niveau national, l’Espagne applique depuis le début de l’année son nouveau décret sur l’alimentation scolaire adopté en avril 2025. Le texte encadre strictement la composition des menus : obligation de produits frais, suppression des aliments ultra-transformés, quota minimal de 45 % de fruits et légumes de saison, et incitations fortes pour les produits biologiques et locaux dans les appels d’offres publics.

Cette logique progresse également à Bruxelles. La Commission européenne étudie un renforcement des critères d’approvisionnement du programme scolaire européen afin de privilégier les filières de l’Union. Sans constituer une barrière douanière directe, l’initiative marque la volonté politique de réduire la dépendance européenne aux importations agroalimentaires.

La tomate marocaine sous surveillance

Le Maroc se retrouve en première ligne de ces restrictions. Les importations espagnoles de produits frais en provenance du Royaume ont atteint 188 076 tonnes pour 481 millions d’euros au premier trimestre 2025, selon les données de la FEPEX. La tomate concentre l’essentiel des tensions car les volumes importés par l’Espagne ont bondi de 34 % sur cette période, s’établissant à 32 313 tonnes.

Les syndicats agricoles espagnols et français dénoncent une distorsion de concurrence liée à des coûts de main-d’œuvre inférieurs et des normes environnementales moins contraignantes, facilitées par les accords commerciaux UE-Maroc. L’introduction de la préférence locale dans les cantines offre un levier politique pour contrecarrer ces flux alors que les producteurs européens peinent à stabiliser leurs cours.

Durcissement des normes sur le cadmium

La pression commerciale s’accompagne d’un volet sanitaire centré sur la teneur en cadmium des engrais. En France, la commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale a adopté, le 27 mai 2026, une proposition de loi visant à abaisser les seuils de ce métal lourd autorisés dans les fertilisants phosphatés à 40 mg par kilo de P₂O₅ en 2027, puis à 20 mg en 2030.

L’Anses recommande d’agir directement sur les intrants pour limiter l’exposition de la population via l’alimentation. Les phosphates sédimentaires marocains, naturellement riches en cadmium, se retrouvent ciblés par cette législation. Bien que le groupe OCP affirme garantir des taux inférieurs à 20 mg pour le marché européen, la vigilance s’est accrue depuis qu’une alerte RASFF a signalé en Espagne la présence de cadmium dans un lot de tomates marocaines à la fin de l’année dernière.

Le casse-tête juridique du Sahara occidental

L’origine géographique des marchandises complique les relations commerciales. En application de l’arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne du 4 octobre 2024, les produits récoltés au Sahara occidental ne peuvent plus être commercialisés sous l’étiquette Maroc et doivent mentionner leur territoire d’origine.

Pour maintenir les échanges, Bruxelles et Rabat utilisent des dénominations régionales telles que « Laâyoune-Sakia El Hamra » ou « Dakhla-Oued Eddahab ». Ce compromis technique reste contesté par les associations de consommateurs et les organisations professionnelles car il ne respecte pas le droit international. La procédure judiciaire engagée par la COAG et la CECU contre l’enseigne Carrefour concernant l’étiquetage des tomates de la marque Azura illustre la judiciarisation de ce dossier, alors que la production maraîchère sous serre continue de se développer autour de Dakhla.

La révision des modèles d’achat public dans les écoles met en lumière la vulnérabilité de la filière exportatrice marocaine, prise entre la montée des exigences sanitaires, les contestations juridiques sur l’origine des produits et la protection des marchés agricoles européens.

Zainab Musa
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Zainab Musa est une journaliste collaborant avec afrik.com, spécialisée dans l'actualité politique, économique et sociale du Maghreb et de l'Afrique de l'Ouest. À travers ses enquêtes approfondies et ses analyses percutantes, elle met en lumière des sujets sensibles tels que la corruption, les tensions géopolitiques, les enjeux environnementaux et les défis de la transition énergétique. Ses articles traitent également des évolutions sociétales et culturelles, notamment à travers des reportages sur les figures influentes du Maroc et de l’Algérie. Son approche rigoureuse et son regard critique font d’elle une voix incontournable du journalisme africain francophone.
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