CAN féminine 2026 : Tabitha Chawinga, la Lyonnaise capitaine du Malawi qui a fait tomber le Nigeria


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Tabitha Chawinga
Tabitha Chawinga

Pour son premier match dans une phase finale de Coupe d’Afrique des nations féminine, le Malawi a signé l’un des exploits les plus retentissants de l’histoire récente de la compétition. Mardi 28 juillet, à Rabat, les Scorchers ont battu le Nigeria 3-2. Une histoire de famille, Tabitha Chawinga, leur capitaine, a inscrit le deuxième but. Sa sœur cadette Temwa a marqué les deux autres.

Le Nigeria n’est pas un adversaire comme les autres. Tenantes du titre, les Super Falcons ont remporté dix des treize premières éditions de la CAN féminine. Elles n’avaient encore jamais perdu contre une sélection disputant son premier tournoi continental. Le Malawi, lui, découvrait à la fois la compétition et ce niveau d’exposition.

Sept minutes pour renverser le match

Pendant plus d’une heure, les Nigérianes ont confisqué le ballon et installé le jeu dans le camp malawite. Leur domination est cependant restée stérile. Bien regroupées, les joueuses de Lovemore Fazili ont fermé l’axe et attendu les espaces pour lancer leurs deux attaquantes.

Le match a basculé à la 73e minute. Lancée par Ireen Khumalo, Temwa Chawinga a ouvert le score. Six minutes plus tard, sa sœur Tabitha, joueuse majeure de l’OL Lyonnes depuis deux saisons, a conclu une action initiée par Sabina Thom pour porter l’avantage à 2-0.

Le Nigeria a réduit l’écart dans le temps additionnel grâce à un penalty transformé par Rasheedat Ajibade à la 92e minute. Temwa Chawinga a immédiatement redonné deux buts d’avance au Malawi, sur un centre de Benadetta Mkandawire. Uchenna Kanu a encore marqué à la 99e minute, trop tard pour empêcher la première grande surprise du tournoi.

Ce succès paraissait d’autant moins probable que la préparation du Malawi avait été difficile. Les Scorchers occupaient la 153e place du classement mondial publié par la FIFA en juin. Elles avaient notamment été battues 5-0 par l’Australie en avril, puis 4-0 par le Ghana lors de leur dernier match de préparation.

Des terrains de Rumphi aux pelouses suédoises

Née en 1996 dans le district de Rumphi, dans le nord du Malawi, Tabitha Chawinga a grandi en jouant avec les garçons de son village. Elle a d’abord occupé le poste de gardienne avant de s’installer dans le champ, où sa vitesse et sa puissance ont rapidement fait la différence.

Le football féminin était alors très peu développé dans le pays. Ses parents voyaient d’un mauvais œil cette passion et tentaient de l’empêcher de jouer. À l’adolescence, elle a également subi des humiliations particulièrement violentes. À deux reprises, des adversaires ont exigé qu’elle se déshabille pour prouver qu’elle était une fille. Une première fois lors d’un match scolaire, puis après son arrivée au DD Sunshine, l’un des principaux clubs féminins du Malawi.

Chawinga a raconté ces épisodes plusieurs années plus tard, afin d’alerter sur les violences et les soupçons dont certaines joueuses africaines continuent de faire l’objet. Elle estime que les conditions se sont améliorées au Malawi, même si le football féminin y manque toujours de moyens, d’infrastructures et de reconnaissance.

Son départ pour l’Europe tient presque de l’aventure individuelle. Le responsable du DD Sunshine organise son voyage et finance son billet d’avion pour la Suède. En 2014, à 18 ans, elle rejoint Krokom/Dvärsätts IF, en troisième division, et devient la première footballeuse malawite à signer dans un club européen.

Elle marque 39 buts dès sa première saison. À Kvarnsvedens IK, elle en inscrit ensuite 43 et participe à la montée du club dans l’élite suédoise. Même lorsque l’équipe est reléguée en 2017, Chawinga termine meilleure buteuse du championnat avec 26 réalisations.

De la Chine à Lyon en passant par Milan et Paris

Ses performances lui ouvrent les portes du championnat chinois, alors l’un des plus rémunérateurs du football féminin. Elle évolue à Jiangsu Suning puis à Wuhan Jianghan, avant de revenir en Europe sous la forme de prêts successifs.

À l’Inter Milan, lors de la saison 2022-2023, elle marque 23 buts et termine en tête du classement des buteuses de Serie A. Le Paris Saint-Germain la recrute l’année suivante. Elle inscrit 19 buts en 21 rencontres de championnat, accompagne le club jusqu’en demi-finale de la Ligue des champions et reçoit le trophée UNFP de meilleure joueuse de Première Ligue.

Tabitha Chawinga OL Lyonnes
Tabitha Chawinga OL Lyonnes

L’Olympique lyonnais la fait alors signer pour trois saisons à l’été 2024. Avec le club rhodanien, devenu OL Lyonnes, elle remporte le championnat et la Coupe de France en 2026. La saison se termine toutefois sur une lourde défaite contre le FC Barcelone en finale de la Ligue des champions, 4-0.

Son parcours a déjà fait tomber plusieurs barrières. Tabitha Chawinga est devenue la première Malawite à disputer puis à marquer un but en Ligue des champions féminine. En 2024, elle a également été la première représentante de son pays nommée au Ballon d’Or, dont elle a pris la 16e place.

Deux sœurs pour porter les Scorchers

L’histoire de Tabitha est indissociable de celle de Temwa. Née en 1998, sa sœur cadette a elle aussi quitté le Malawi pour la Suède avant de rejoindre le championnat chinois. Les deux joueuses ont notamment évolué ensemble à Wuhan.

Tabitha et Temwa les sœurs Chawinga
Tabitha et Temwa les sœurs Chawinga

Temwa joue aujourd’hui au Kansas City Current, aux États-Unis. Elle a terminé meilleure buteuse et meilleure joueuse de la NWSL en 2024, puis a conservé ces deux distinctions en 2025. Sa vitesse, ses appels et son efficacité complètent le jeu plus puissant de Tabitha. À elles deux, les sœurs Chawinga fournissent les armes majeures de leur sélection.

Le Malawi avait obtenu sa qualification en octobre 2025 aux dépens de l’Angola. Après un match nul sans but à l’extérieur, les Scorchers s’étaient imposées 2-0 à Lilongwe grâce à deux buts inscrits en fin de rencontre par Faith Chinzimu, nouvelle star âgée de 19 ans. Le sélectionneur Lovemore Fazili avait déjà conduit l’équipe à son premier titre régional lors de la COSAFA Women’s Cup 2023.

Le Malawi affrontera l’Égypte samedi 1er août, puis la Zambie le 5 août. Les deux premières équipes du groupe se qualifieront pour les quarts de finale. Les quatre demi-finalistes obtiendront directement leur billet pour la Coupe du monde 2027, tandis que les équipes éliminées en quarts conserveront une chance de rejoindre les barrages intercontinentaux.

Avant d’entrer dans la compétition, Tabitha Chawinga avait demandé à ses coéquipières de jouer sans « complexe d’infériorité ». Après avoir fait tomber le Nigeria dès leur premier match, les Malawites ne devraient plus avoir beaucoup de mal à suivre cette consigne.

Amadou Atar
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Amadou Atar est une référence dans le monde du football africain. Il est précis et objectif dans ses articles, même si on ne peut lui enlever un penchant historique pour le mythique club français de Saint-Etienne où sont passés plusieurs des plus grands joueurs africains de l'histoire
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