Cameroun : un ancien Ministre défie Paul Biya depuis la prison

Marafa Hamidou Yaya, l’ancien ministre de l’Administration territoriale détenu à la prison de Yaoundé, vient de dévoiler son ambition de diriger le Cameroun. Un défi lancé au président Paul Biya qu’il a servi pendant deux décennies.

« Je suis porteur d’un projet mettant en avant les exigences de Paix et de Justice permettant de bâtir une société de confiance », écrit Marafa Hamidou Yaya, ancien ministre de l’Administration territoriale, dans une deuxième lettre ouverte adressée du fond de sa prison au président de la République du Cameroun. Cet ingénieur pétrochimiste qui a travaillé pendant dix-sept ans aux côtés de Paul Biya s’attarde dans cette correspondance épistolaire sur le nouveau code électoral promulgué le 19 avril dernier. A l’en croire, ce code, au même titre que Elecam, organe chargé de l’appliquer, est porteur des germes de la division et de déstabilisation de la paix sociale.

Marafa Hamidou Yaya relève les nombreuses insuffisances et les omissions contenues dans cette loi avant d’aborder la problématique du code électoral et celle de la succession à la tête de l’Etat. Il passe en revue cinq principaux articles de ce code qui contribueraient à le discréditer, et propose des solutions pour le parfaire.
« Des élections mal organisées ou dont les résultats sont contestés sont sources de conflits et de rupture de la paix sociale », soutient le pensionnaire de la prison de Yaoundé qui milite désormais pour un code électoral consensuel. Celui-ci devra prendre en compte les attentes de tous les acteurs de la scène politique nationale. Selon Marafa, un tel code devrait « encourager la participation d’un maximum d’électeurs, permettre des élections justes et transparentes donnant toute leur légitimité aux élus, favoriser une culture d’acceptation des résultats ». Des valeurs qui échappent à celui promulgué le 19 avril par Paul Biya.

Prêt pour le challenge

Marafa Hamidou Yaya fustige aussi Elections Cameroon (ELECAM), l’organe créé pour assurer l’organisation des élections et soutient qu’il avait, par le passé, émis des critiques à ce sujet. Il se vante d’avoir eu raison à la suite de l’élection présidentielle très décriée, organisée par cet organe en octobre 2011. « Je persiste à dire que tel qu’organisé et tel qu’il fonctionne, Elecam ne pourra pas organiser les élections législatives et municipales. Des propositions d’amélioration de l’organisation et du fonctionnement de cet organisme vous ont été faites en son temps ; elles méritent d’être prises en compte afin de préserver la paix dans notre pays », écrit cet ancien secrétaire général de la présidence de la République.

Il justifie la réticence de Paul Biya, par sa peur de voir émerger un dauphin capable de lui succéder. Non sans soutenir d’avoir par le passé suggéré au chef de l’Etat « de renforcer les structures qui, le moment venu, doivent gérer une éventuelle succession ». Pour Marafa Hamidou Yaya, « les pays en crise se débattent pour organiser des élections afin d’en sortir. Notre pays s’abstient d’organiser des élections et prend de ce fait le risque d’être précipité dans une crise », regrette-t-il. L’homme annonce à la suite être porteur d’un projet pour la société camerounaise et, comme plusieurs autres Camerounais, milite pour des élections transparentes où le peuple choisira son véritable leader. « Il me semble naturel et sain que le moment venu, chaque prétendant à la Magistrature Suprême, soumette son projet, l’explique et le défende devant nos compatriotes qui, à travers une élection libre et transparente, choisiront celui ou celle qu’ils voudront mettre à la tête de l’Etat. L’heureux bénéficiaire de leur confiance aura ainsi toute la légitimité nécessaire pour conduire son action pendant la durée du mandat qui lui sera confié », propose-t-il.

Ce natif de Garoua, dans le septentrion du pays avait par la même voie commis le mois dernier une lettre similaire dans laquelle il dénonçait son incarcération et les combines du régime de Yaoundé. Il a servi Paul Biya pendant 17 ans et a occupé successivement les postes de conseiller à la présidence de la République, Secrétaire général de la présidence et Ministre de l’Administration territoriale. Il avait quitté le gouvernement le 9 décembre 2011 et est écroué à la prison de Yaoundé depuis le 16 avril 2012 pour détournement de deniers publics.

Les sorties à répétition de celui qui jusqu’au 9 décembre 2011 occupait encore le prestigieux fauteuil de ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation suscitent cependant des interrogations pour le moins controversées au sein de l’opinion. De nombreux Camerounais ne comprennent toujours pas ce retournement radical de ce haut commis de l’Etat, qui pourtant s’est révélé ces dernières années comme la principale tête pensante des méthodes répressives du président Paul Biya. Hélas, le chef de l’Etat est aujourd’hui obligé de supporter l’adversité de son ex-proche collaborateur.