Cameroun : Tuée par amour pour Paul Biya

Dimanche, Virginie Takoguem mère de famille et militante active du Rassemblement démocratique du peuple Camerounais (RDPC, au pouvoir), suit les résultats électoraux dans un bureau de vote près de chez elle. Elle aurait alors reçu des coups mortels alors qu’elle exprimait vivement sa joie de voir son candidat, Paul Biya, gagnant. Depuis, le Social Democratif Front (SDF) et le RDPC se rejettent mutuellement la responsabilité de sa mort.

Tout commence dimanche 10 octobre au petit matin. Virginie Takoguem va remplir son devoir de citoyen dans un bureau de vote situé non loin de sa maison à Bandjoun dans le quartier Yom 3. Ses convictions politiques sont connues du village. Une fois son vote effectué, elle retourne chez elle. En début d’après-midi, Virginie Takoguem décide d’aller suivre les résultats du vote dans le bureau de l’Ecole publique de Keng où elle a voté. De tempérament très enjoué, sa fille Léa Nadège Bakam affirme que « lorsque le dépouillement a commencé, chaque fois qu’on disait « RDPC », ma mère criait « victoire !» La fille de la victime déclare que quand on a proclamé les résultats définitifs dans le bureau de vote de l’école publique de Keng, (160 voix pour le RDPC et 30 voix pour le SDF), sa mère s’est mise à jubiler : « Je vous ai dit non ? Je vous ai dis que Paul Biya allait gagner non ? » Et c’est à ce moment qu’un individu, Nestor Waffo, s’approche d’elle et lui assène un coup de pied dans le bas ventre. Virginie Takoguem s’écroule et rend l’âme sur le champ. Son corps est alors transporté à la morgue de l’hôpital de Dja à Bandjoun. Le coupable, Nestor Waffo, un voisin de quartier, s’enfuit et reste introuvable jusqu’à l’heure actuelle. Selon nos sources, il a été aperçu vers Melon, un village dans la région de l’Ouest. Le père de la victime, Nestor Siaka, pense que celui qui a tué sa fille serait un repris de justice. « Un homme au tempérament violent, un rebelle dont je ne connais pas l’appartenance politique ».

Elle quitte le SDF pour le RDPC en 2004

Virginie Takoguem serait morte à cause de son appartenance politique. En effet, selon sa mère, Magne Jeanne, elle a été une fervente militante du Social Democratif Front (SDF) il y a quelques années, tandis que le reste de la famille était déjà du RDPC. En 2004, sa mère lui intime l’ordre de quitter ce parti d’opposition, car dit-elle, « ma fille ne pouvait pas être de l’opposition alors que toute sa famille est du RDPC. J’ai promis de la renier si elle ne quitte pas le SDF.» Virginie, obéit à sa mère, qui, de surcroît est la présidente de l’Organisation des femmes du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (OFRDPC) dans la localité de Yom 3. Madame Takoguem retrouve donc toute sa famille dans le RDPC. Chez eux, l’appartenance au RDPC est une histoire de famille. Léa Nadège Bakam la 3e fille de la victime, son grand-frère ainsi que leur grand-père, Nestor Siaka sont tous militants de la sous-section RDPC de Yom Bandjoun.

Depuis le décès de Virginie Takoguem, sa fille Léa Nadège Bakam nous informe que plusieurs élites de Bandjoun ont rendu visite à sa famille et elles ont décidé de s’occuper des obsèques sa mère. En attendant, le SDF et le RDPC se disputent le corps de la victime et se rejettent mutuellement la responsabilité de sa mort.