Cameroun : Patrick Talom, handicapé mais bâtisseur de rampes pour l’accessibilité

Dans une société hyper-sonorisée par des discours politiques parfois sans réalisations, Afrik.com fidèle à son désir d’accompagner les figures qui font bouger l’Afrique, s’intéresse une fois de plus à la problématique de l’inclusion des personnes handicapées sur le continent.  Au Cameroun, monsieur Patrick Talom, co-Fondateur de l’Association PALYROM et initiateur du concept « Rampes pour le sourire » a lancé ce projet pour faciliter l’accès des bâtiments aux personnes en situation de handicap. A l’issue de la réalisation de la première phase, il explique à Afrik.com le bien-fondé de son initiative.

Afrik.com : Monsieur Patrick Talom, c’est quoi le projet « Rampes pour le sourire » ?

Patrick Talom : Ce projet n’est autre chose qu’un désir de participer au Cameroun, à l’édification d’une société plus inclusive. C’est un projet destiné aux personnes en situation de handicap qui se décline en trois axes : accès aux soins, accès à l’éducation scolaire et universitaire, accès aux bâtiments et aspiration à l’autonomie. La première phase du projet avec notre partenaire l’association RAYONS DE SOURIRE, était la construction des « rampes témoins » d’accessibilité à des bâtiments pour des personnes en situation de handicap dans les villes de Bafoussam et Foumbot au Cameroun. Le diocèse de Bafoussam à accepté que nous puissions faire ce travail à la Cathédrale, lieu où d’une part, de nombreuses personnes en situation de handicap se retrouvent, d’autre part un lieu qui accueille aussi des responsables d’entreprises et des administrateurs de l’Etat qui peuvent au regard du travail prendre conscience de l’urgence de l’accélération du processus d’inclusion des personnes en situation de handicap au Cameroun.

Afrik.com : Que recherche votre association à travers ce projet ?

Patrick Talom : L’association voudrait en effet, à travers le projet des « Rampes pour le sourire », d’un côté  sensibiliser par l’action de la nécessité de rendre les lieux de cultes, les espaces publics et services accessibles à tous.  D’un autre coté nous voulons construire des rampes témoins pour inspirer et pousser d’autres personnes à construire des rampes dans les lieux publics, de cultes et services. Il faut offrir à la personne qui a une mobilité réduite, l’opportunité de participer activement aux activités de son choix, d’avoir librement accès aux bureaux et autres espaces sans toutefois dépendre d’une tierce personne. L’association voudrait être dans les limites de ses moyens, cette main secourable qui redonne la joie, le sourire et le bonheur aux fragilisés, aux méprisés et aux abandonnés de la société. Les personnes marginalisées à cause de l’état physique et psychique sont nombreuses dans nos familles, communautés et sociétés. A cause de leur handicap, elles sont très souvent abandonnées à elles-mêmes et par ricochet découragées car aucune disposition n’est réellement prise en vue de leur insertion dans la société. Notre association, dans le souci d’apporter sa toute petite pierre en vue de l’épanouissement de nos frères en situation de handicap a pris la résolution de construire les rampes dans le diocèse de Bafoussam qui travaille actuellement sur la mise en place d’une pastorale dédiée spécialement aux personnes en situation de handicap.

Afrik.com : Qui est l’initiateur de ce projet ?

Patrick Talom : Je suis le modeste initiateur du concept avec l’association dénommée ‘’PALYROM’’, mais il y a aussi une équipe qui porte le projet. Nous avons Lydie François avec qui j’ai co-fondé l’association et notre partenaire de travail au Cameroun l’association RAYONS DE SOURIRE.

Afrik.com : Quelles sont les missions de votre association ?

Patrick Talom : Comme nous le fait remarquer la charte de notre association, l’une de ses missions est de travailler à la revalorisation, au respect et à l’intégration des personnes en situation de handicap. En France nous faisons beaucoup de témoignage et de sensibilisation sur le handicap dans les écoles. Nous récupérons du matériel qui peut servir à des personnes en situation de handicap que nous mettons à la disposition de l’association RAYONS DE SOURIRE au Cameroun pour distribution gratuite. Nous essayons de récolter des fonds pour financer des projets au Cameroun.

Afrik.com : Comment faites-vous pour financer les projets de cette envergure, surtout quand on sait que votre association fait ses premiers pas, elle est toute jeune, et travaille à sa maturation progressive ?

Patrick Talom : Effectivement même si  nous n’avons pas des grands moyens financiers, nous refusons la mendicité. Comme initiateur et malgré le fait que je sois une personne en situation de handicap avec d’énorme besoin, je reverse en grande partie le fruit de la vente de mes ouvrages pour financer les activités. Outre cela, nous avons les cotisations des membres qui sont très peu. Actuellement nous réfléchissons sur comment améliorer notre auto-financement. Il arrive aussi que parfois dans le cadre de ma vie privée des amis peuvent m’apporter un soutien ; et très souvent je fais don de ce présent à l’association. Par exemple ce projet a été financé par de l’argent qui m’avait été donné pour mes études, mais pour moi, c’était important d’aider aussi les autres. L’argent était un don reçu du Père Arthur HERVET, prêtre ami à moi pour soutenir la longue formation universitaire dans laquelle je suis engagé actuellement et mon quotidien difficile. J’ai fait le choix de me priver et reverser l’entièreté de l’argent  dans le compte de l’association pour donner une chance à nos projets de voir le jour. Notre association n’a pas la prétention de jouer le rôle de qui que ce soit, nous voulons juste inspirer d’autres et susciter une envie chez les personnes en situation de handicap de lutter pour notre inclusion sociale..

Afrik.com : Quelles sont les premières localités bénéficiaires ?

Patrick Talom : Nous avons choisi Bafoussam pour son PRDI (Projet du Renouveau Diocésain Inculturé), qui dans certain aspect contribuer à améliorer notre regard, nos jugements et même notre considération à l’égard de toutes les personnes en situation de handicap. Pour la première phase, la Cathédrale, la paroisse Saints Pierre et Paul de Foumbot et la paroisse Saint Paul de Nzindong ont été les bénéficiaires. Les travaux de construction des rampes étaient sous la supervision de l’abbé Jean-Hugues POKA Curé de la Paroisse Saint Paul de Nzindong. Pour la réalisation de ces travaux nous avons fait appel au Technicien M. Yves DJOUAKA. Le volet du « projet rampe pour l’accessibilité au bâtiment » a été réalisé en un mois (juillet 2018) grâce à la disponibilité des curés des paroisses de la cathédrale et de la paroisse Saints Pierre et Paul de Foumbot.

Afrik.com : Quel sentiment vous anime à l’issue de cette première phase ?

Patrick Talom : En toute modestie et très humblement, nous nous réjouissons de la qualité du travail abattu de part et d’autre et sommes davantage heureux de savoir qu’à la Cathédrale et dans les deux autres paroisses, les personnes en situation de handicap ou mieux les personnes ‘’diversement habiles ‘’ainsi que ceux dont les genoux et chevilles sont fragiles et ceux du troisième âge n’éprouveront plus beaucoup de peine à accéder à nos églises et bureaux. Ces rampes sont en effet ces leviers et ces petits ponts d’accessibilité. Nous disons merci aux  évêques du diocèse de Bafoussam pour leur assentiment à ce projet ; merci aux Curés des différentes paroisses pour leur bonne et franche collaboration.

Afrik.com : Peut-on avoir une idée sur le coût de ce projet ?

Patrick Talom : Cette phase du projet s’élève à  390.000 fcfa (Trois cent quatre-vingt-dix mille francs) pour l’ensemble des cinq rampes. Il reste encore les signalisations à faire et deux autres rampes.

Afrik.com : C’est vrai qu’un adage dit : « On peut toujours aider sans faire trop de bruit », pourquoi ne médiatisez-vous pas vos actions ? Quelles seront les prochaines localités ?

Patrick Talom : Dans un contexte où très souvent les gens sont habitués à des paroles et à très peu d’actes, nous croyons que c’est important de travailler d’abord. L’œuvre va se médiatiser toute seule car le bien est bien et se propage lentement mais surement. Merci à Afrik.com qui s’intéresse à la cause des personnes en situation de handicap.

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