Cameroun: où est donc passé Ange Badou ?

AngeBadoumanif1.jpg

Ange Badou, un Français de 20 ans, est porté disparu au Cameroun depuis plus d’un mois. Sa grande soeur Ekia a organisé un rassemblement, samedi dernier, à Paris. Objectif: interpeller les autorités françaises qu’elle juge trop attentiste sur le dossier.

AngeBadoumanif1.jpg“Ange Badou a disparu. Que fait la France?” C’est le message délivré par une banderole de plus de quatre mètres de long portée par ses amis. Place de la République, à Paris. 15h30. Quelques brèves minutes, une demi-douzaine de jeunes femmes vêtues de t-shirt jaunes ou rouges jouent du tambour tout en esquissant quelques pas de danse. Au mégaphone, Ekia Badou prend ensuite la parole. “Ange a disparu au Cameroun depuis plus d’un mois maintenant. Il est Français! Nous n’exigeons pas, nous demandons une aide de la France.” Ce samedi 24 octobre, plus d’une soixantaine de personnes – dont plusieurs membres de la famille du disparu – s’étaient réunies, malgré la pluie persistante, pour venir clamer leur indignation.

“J’ai appris la nouvelle sur Facebook”, raconte Abdel, 29 ans. “Je ne connais pas Ange personnellement mais je connais sa sœur de part un ami proche. Je suis là par solidarité avec sa famille car selon les éléments dont j’ai entendu parlé, la disparition n’a pas été prise au sérieux dès le départ. On a perdu beaucoup de temps”, poursuit l’homme aux cheveux noirs et bouclés. “Pour l’instant, il n’y a pas eu suffisamment de choses faites pour le retrouver”, explique Tessa, la petite soeur d’Ange Badou, 15 ans. La jeune fille est solidement entourée de ses copines de Garges-Lès-Gonesse où elle réside. “J’espère que la France va se bouger”, ajoute l’une d’elles.

« Quand on ne trouve pas, on ne trouve pas »

Angebadoumanif2.jpgSelon Ekia – à l’origine du rassemblement – les autorités françaises ont tardé à faire le nécessaire. Pour la jeune femme, qui s’est rendue au Cameroun une semaine après la disparition, le 14 septembre dernier, elle s’est retrouvée face à un mur administratif.
Lorsqu’elle s’adresse à l’Ambassade de France du pays d’Afrique centrale, on lui aurait répondu: “Des Camerounais qui disparaissent au Cameroun, il y en a tous les jours”. Oui, mais voilà, Ange Badou, lui, est Français… Est-ce bien sûr? C’est la suspicion qui prévaut durant plusieurs jours, ralentissant de fait, l’ouverture d’une enquête dans le village de Nkongsoung, où Ange Badou séjournait avec un membre de sa famille. Par la suite, le Consulat français au Cameroun demande à Ekia de prouver que son frère est bel et bien français avant d’ouvrir un dossier d’“assistance”. Une aberration, selon celle-ci, qui assure que le Consul possédait déjà la copie de l’acte de naissance, le numéro de carte d’identité française et un récépissé du passeport du jeune homme. “Je suis moi-même français d’origine camerounaise. Que se passerait-il s’il m’arrivait la même chose? Cela nous amène à réfléchir ! Sommes-nous considérés comme de vrais français oui ou non ?”, s’inquiète François, un manifestant de 65 ans. Toujours selon la jeune femme, le 23 septembre dernier, lorsque qu’elle réitère sa demande pour l’ouverture d’une enquête, la réponse est lapidaire : “Quand on ne trouve pas, on ne trouve pas, madame… Que voulez-vous que je vous dise?” Pas de quoi rassurer Ekia Badou, qui retourne en France bredouille.

Depuis, Ekia assure que l’immobilisme de l’Etat français n’est plus d’actualité. “Aujourd’hui, le Ministère Français des Affaires Etrangères assure tout mettre en œuvre pour le retrouver et la mutualisation des moyens entre le Cameroun et la France est en train de se mettre en place.” Pourtant, à la mi-septembre, la France lui affirmait que cela n’était absolument pas possible, sous peine d’être accusé d’ingérence dans le pays. En signe d’apaisement, elle ajoute: “Au départ, j’estime que la réaction des autorités a plus été de la bêtise et pas forcément du racisme.” Soucieuse de faire enfin bouger les choses, Ekia Badou avait également écrit au Président de la République Nicolas Sarkozy. “J’ai envoyé le courrier il y a un mois. Nous avons eu des nouvelles de l’Elysée hier soir.” Soit 40 jours après la disparition d’Ange Badou.

 L’adresse du groupe Facebook consacré à la recherche d’Ange Badou