Cameroun : Odontol, la boisson déguisée en whisky

Pour oublier leurs tracas du quotidien, de multiples habitants de Yaoundé consomment de l’Odontol. Du whisky, au prix très abordable, dit « pour les pauvres ». Très appréciée, cette boisson serait dangereuse pour la santé.

« Le whisky du pauvre ». C’est en ces termes que l’Odontol est désigné au Cameroun. Pourtant, cette boisson fortement alcoolisée, incolore, n’a rien à voir avec le Whisky. Elle est fabriquée traditionnellement à base de vin de palme, de sucre et d’une écorce appelée « essok », indique le quotidien camerounais Le jour dans un récent article.

Dans les marchés de la capitale Yaoundé, il n’est pas difficile de s’en procurer. « C’est notre whisky à nous. Ce que les blancs nous vendent n’est pas meilleur. D’ailleurs, j’ai consommé le vin rouge et des liqueurs importées, mais ils n’ont plus d’effet sur moi», explique, Jules Menye, un consommateur qui s’est confié au quotidien. Il en prend tous les jours « avant de dormir, et le lendemain matin au réveil. Je me sens revigoré, chaque fois que j’en bois. je suis de très bonne humeur. J’ai la pêche pour affronter la vie ». Selon lui, l’Odontol aurait la caractéristique de faire rire aux éclats. Le nom Odontol vient d’une marque de dentifrice, dont la publicité diffusée il y a une dizaine d’années montrait des gens hilarants.

Classée dans la catégorie des drogues

Hormis son fort taux d’alcool, le breuvage séduit également pour son prix très abordable. « Les gens qui boivent de l’Odontol sont des personnes qui n’ont pas les moyens de s’acheter de la bière, explique un consommateur. Or, quand tu as 1000 francs CFA (0,15 centimes d’euro), au lieu d’acheter deux bières qui ne te font aucun effet, tu peux t’offrir un litre de « hâ » (Odontol en dialecte camerounaise de la région du Centre) et le partager avec tes copains. »

Interdite et vendue à la sauvette dans les années 1970, désormais plus personne ne se cache pour la consommer. Même si elle est aujourd’hui tolérée, cette boisson est toutefois classée dans la catégorie des drogues, selon Achille Yonta sociologue à l’université de Yaoundé. Elle peut être très dangereuse pour la santé. Raison pour laquelle Maxime a décidé, il y a deux ans, d’arrêter d’en consommer. « J’ai failli perdre ma famille à cause de cette boisson. Je n’allais plus au travail », regrette-t-il. Pierre, un maçon à la retraite, passe ses journées à siroter l’Odontol. Celui-ci se vante d’avoir étudié à l’université. L’un de ses amis affirme qu’il a fait de grandes études. « Mais je ne sais pas ce qui lui est arrivé, l’Odontol l’a détruit », précise l’ami du retraité.

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