Cameroun : les voisins de Paul Biya à la rue

Annoncée depuis quelques mois par le délégué du gouvernement de la ville de Yaoundé, Gilbert Tsimi Evouna et le ministre des Domaines et des Affaires foncières Pascal A. Adibime, la démolition des habitations situées aux abords de Palais de l’Unité a commencé hier, près de 300 concessions ont été réduites en poussière sous le regard impuissant des « propriétaires ».

Notre correspondante à Yaoundé

Les cris, les pleurs et les grincements de dents des habitants n’y ont rien fait. Les autorités gouvernementales étaient bien décidées d’en finir avec « des voisins indésirables du président de la République et des occupants illégaux du domaine de l’État ». De l’avis des autorités domaniales, les habitants, voisins du président Paul Biya, avaient été sommés de déguerpir les lieux avant une certaine date. L’acte d’expropriation avait été signifié aux concernés depuis 6 ans au moins. Certains auraient même perçu une indemnisation afin de se loger ailleurs.

Tout est passé sous la pelle mécanique, des jolies maisons cossues nouvellement repeintes aux baraques avec toit de chaume et portes bringuebalantes. Pour tous les expropriés, la douleur et la consternation sont grands. « Qu’allons nous faire? Que va-t-on devenir? Où irons nous? », s’écrie une dame en se roulant sur le sol sous le regard froid et impassible du délégué du gouvernement et de sa suite.

Déguerpissement total

Tout est allé très vite et avant que les expropriés n’aient eu le temps de mettre à l’abri certains meubles, les engins de la Communauté urbaine étaient déjà à pied d’œuvre. C’est à peine s’ils ont pu sauver un téléviseur, un matelas, une fenêtre ou une porte, tant le stress était important et l’action de la mairie rapide.

Selon le ministre des Domaines et des Affaires foncières, l’État a décidé de récupérer un terrain qui lui appartient et qui était occupé de façon abusive par des populations dites « autochtones » . Le problème dans ce type de terrain est que les premiers à s’y installer s’arrogent la propriété et procèdent à des ventes illicites des parcelles aux personnes non averties. Résultat, on construit sur un terrain convaincu d’en être le propriétaire après sa mise en valeur.

Une polémique est née de ces déguerpissements. Tandis que les autorités affirment avoir notifié les habitants et procédé à des indemnisations individuelles, certaines personnes affirment n’avoir jamais rien reçu. D’ailleurs certaines affaires restent pendantes dans les tribunaux. Mais parfois, la loi du plus fort est la meilleure. Le ministre des Domaines et des Affaires Foncières a affirmé hier, au cour de ces démolitions, qu’il n’était pas question d’indemniser « les indisciplinés », car tout le monde a été informé à temps pour prendre des dispositions.

Le plus dur est à venir

À côté des démolitions du quartier Mballa II, on s’attend à voir bientôt les habitants du Camp SIC Tsinga déguerpis par la Communauté urbaine de Yaoundé qui compte y loger ses employés. En effet, le 27 septembre dernier, les locataires de ces immeubles publics ont reçu une somation servie par un huissier de justice leur demandant de payer les arriérés de loyer et de se préparer à quitter les lieux avant le 1er avril 2008. Si la date d’expulsion est passée, les locataires restent sur leurs gardes. En effet, le collectif des locataires s’est réuni pour adresser une correspondance au Premier ministre afin de contester l’expulsion annoncée et de proposer à l’État de procéder au cas par cas. Car certains habitants ont des arriérés de loyer et d’autres pas. Quoiqu’il en soit, l’issue de cette affaire est toujours attendue, surtout que l’avis d’un locataire, un article de leurs contrats stipule que « les raisons d’ordre public peuvent fonder la résiliation du plein droit [du] présent contrat ».

S’adressant ce vendredi aux députés lors de la session ordinaire de l’Assemblée nationale, Pascal Anong Adibime, ministre des Domaines et des Affaires foncières leur a rappelé que « Près de cent logements administratifs sont déjà récupérés pour loger des responsables qui en ont droit, et cette récupération se poursuit dans l’ensemble des villes du Cameroun même si elle est faite à une double vitesse. »