Cameroun : le gouvernement sanctionne les industries polluantes

Plus d’une centaine d’entreprises, dont de nombreuses multinationales, ont été sanctionnées par de lourdes amendes pour pollution de l’environnement. Le ministre camerounais en charge de l’Environnement applique par là le principe du pollueur-payeur édicté par les Nations unies.

(De notre correspondant)

Le gouvernement camerounais préfère désormais le bâton à la carotte. Le ministre de l’Environnement de la protection de la nature et du développement durable a publié il y a une semaine une liste de cent trente-neuf multinationales, mais aussi des entreprises nationales sanctionnées pour pollution de l’environnement. Les deux principales sociétés de téléphonie mobile du pays n’ont ainsi pas échappé aux sanctions du ministère de l’Environnement. Le principal opérateur dans ce secteur des télécoms, MTN, une entreprise sud-africaine aujourd’hui installée dans de nombreux pays et a été frappée d’une amende de 3 millions de FCFA (4573 euros) pour défaut d’audit environnemental. Son principal concurrent Orange Cameroun a été condamné à 5 millions de Fcfa (7622 euros) pour altération de la qualité de l’air et dégradation du sol.

La pétrolière Total, le géant de l’exploitation pétrolière a vu trente-cinq de ses stations service condamnées à payer en tout 94,5 millions de FCFA (144 064). Il leur est reproché de déverser des eaux usées dans la nature sans traitement préalable.

D’autres multinationales françaises à l’instar de Bolloré Africa Logistics, filiale du groupe Bolloré aussi présent dans de nombreux pays africains, a également été l’objet de cette action du ministère de l’Environnement. Conjointement avec le Navire MV Swift-Split Panama, la filiale de Bolloré doit payer 25 millions de FCFA (38 112 euros) pour pollution des eaux du fleuve Wouri à Douala et déversement d’hydrocarbures.

Les entreprises nationales et publiques aussi

Ces différentes sanctions font suite, à en croire le ministère de l’Environnement, de la Protection de la nature et du Développement durable, à une mission « d’inspections et de contrôles effectués par la Brigade nationale et les brigades régionales des inspections environnementales de ce département ministériel dans certains établissements du territoire national ».

Des sociétés nationales dont cinq sociétés spécialisées dans la distribution des produits pétroliers sont concernées. Des laboratoires pharmaceutiques, agro-alimentaires, des abattoirs pour animaux, des sociétés de travaux publics, des compagnies d’aviation civile, des communes, des hôtels, des particuliers… ont été condamnés à des amendes allant de 1.5 à 10 millions de FCFA.

Le fait est loin d’être nouveau. En 2001 déjà, le même ministère avait frappé d’amendes allant de 2.5 millions à 5 millions de FCFA de nombreuses entreprises. Ces dernières avaient alors pris des engagements pour doter leurs unités de production d’usines de traitement des déchets. Plus de dix ans plus tard, rien n’a été fait en dehors des déclarations de bonnes intentions.

Le principe du « pollueur-payeur » ainsi appliqué rentre dans la loi de 1996 sur l’environnement. En vertu de celle-ci, « toute personne qui, par son action crée les conditions de nature à porter atteinte à la santé de l’homme et à l’environnement est tenue d’en assurer ou d’en faire assurer l’élimination dans les conditions propres à éviter les dits effets ».