Cameroun, la malnutrition subsiste au Nord

Chaque année, au Cameroun, au moins 45 000 enfants succombent à la malnutrition, selon le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF). Pourtant, le Cameroun étant un pays relativement stable d’Afrique subsaharienne, selon l’UNICEF, il est difficile de donner une voix à cette « urgence silencieuse », éclipsée par les conflits et les crises qui touchent les populations réfugiées dans les autres pays de la région.

« C’est une urgence silencieuse, parce qu’on a des enfants dans le nord, l’extrême nord et l’est qui souffrent de malnutrition grave », a expliqué à IRIN Ora Musu Clemens, représentant de l’UNICEF au Cameroun, depuis Yaoundé, la capitale.

Dans le nord du Cameroun, la malnutrition aiguë globale (GAM – insuffisance de poids par rapport à la taille), dont le taux s’élève à 12,6 pour cent, touche 115 000 enfants de moins de cinq ans, selon l’UNICEF. Près de 40 pour cent des enfants (environ 350 000) souffrent de malnutrition chronique. Selon l’Organisation mondiale de la santé, le taux de GAM est « grave » lorsqu’il se situe entre 10 et 14,9 pour cent ; il faut alors avoir recours à l’alimentation complémentaire ; lorsqu’il atteint 15 pour cent ou plus, il s’agit d’une urgence.

D’après l’UNICEF, de nouvelles enquêtes nutrition et santé doivent être réalisées au Cameroun dans le courant de l’année.

« Souvent, quand on parle de malnutrition dans la région, on pense uniquement aux pays “purement” sahéliens », a expliqué à IRIN Denis Garnier, spécialiste de la nutrition à l’UNICEF-Cameroun. « Mais dans la région nord, le Cameroun affiche des taux de malnutrition aussi élevés que ceux du Sahel ; malheureusement, on ne s’y intéresse pas autant ».

Le nord et l’extrême nord du pays comptent environ 4,9 millions d’habitants, soit plus que la population totale du Liberia ou de la Mauritanie.

Les causes de malnutrition au Cameroun sont multiples, variées et semblables à celles que l’on observe dans de nombreux pays du Sahel, selon M. Garnier : manque de soins de santé essentiels, insécurité alimentaire, accès insuffisant aux services essentiels à la survie des enfants et mauvaises pratiques relatives à l’alimentation des nourrissons. L’isolement géographique de ces zones compte également parmi les facteurs de malnutrition. En outre, les vagues de réfugiés qui affluent de République centrafricaine et du Tchad aggravent également les conditions de vie, déjà difficiles, des populations de l’est et du nord du Cameroun.

« Le Cameroun a le grand mérite d’avoir ouvert ses frontières aux réfugiés du Tchad et de la République centrafricaine », a indiqué à IRIN M. Clemens de l’UNICEF. « Mais les réfugiés mobilisent une bonne partie des ressources déjà limitées du pays. Les communautés d’accueil ne sont pas riches, et pourtant elles partagent le peu qu’elles ont ».

Nutrition et santé

Selon M. Garnier le gouvernement prend actuellement des mesures encourageantes en vue d’intégrer aux services de santé la nutrition et les traitements contre la malnutrition, mais il reste beaucoup à faire à toutes les parties concernées, et les ressources manquent.

Augustin Ndongmo Nanfack, chef du bureau de suivi/évaluation des activités nutritionnelles de la Délégation de la promotion de la santé, au Cameroun, a expliqué à IRIN que le gouvernement dépêchait actuellement, pour la première fois, des coordinateurs nutritionnels dans l’ensemble du pays. « Nous avons un déficit de nutritionnistes sur le terrain », a-t-il déclaré à IRIN. « Le Cameroun n’est pas considéré comme un pays qui a un problème de sous-alimentation, pourtant c’est le cas. »

« On ne peut pas lutter pour la santé de la population sans s’occuper de la nutrition », a-t-il ajouté.

Ce qu’il faut, selon M. Garnier de l’UNICEF, c’est que le gouvernement, les agences des Nations Unies et les organisations non-gouvernementales (ONG) collaborent en vue de réduire la malnutrition. « Le problème, dans le nord et l’extrême nord du pays, vient en partie du manque d’ONG partenaires, notamment pour assurer le suivi des activités nutritionnelles et évaluer la qualité des soins de santé ».

Selon lui, de nombreuses ONG arrivent au Cameroun pour faire face aux afflux de réfugiés. « Mais elles repartent à la fin de ces opérations d’urgence. Il est difficile de mobiliser des ONG dans ces régions, parce que les problèmes sont structurels et qu’ils ne sont pas connus ; on n’en entend pas parler ».

D’après M. Garnier, il faut renforcer « d’urgence » la capacité des communautés à traiter et prévenir la malnutrition. L’UNICEF et le gouvernement prévoient de déployer les services de traitement contre la malnutrition dans le nord. Une formation à la prise en charge communautaire des cas de malnutrition dans trois régions du nord est prévue pour la fin du mois d’avril, selon M. Garnier.

D’après un document publié récemment par l’UNICEF, de vastes segments de la population camerounaise n’ont pas accès aux soins de santé les plus essentiels, à l’eau salubre, aux systèmes d’assainissement et à l’éducation de base.

A ce jour, toutefois, l’UNICEF n’a pas reçu de fonds pour financer ses opérations humanitaires au Cameroun, en 2009, selon M. Clemens, chef de bureau. « Cela nous préoccupe énormément. Les bailleurs s’intéressent davantage au développement, ici, au Cameroun. Mais dans ce contexte axé sur le développement et orienté vers l’avenir, il y a une situation humanitaire qu’il faut traiter ».

L’agence sollicite la somme de 650 000 dollars pour prévenir et combattre la malnutrition en 2009, et la somme totale de 2,48 millions de dollars, pour financer l’ensemble de ses opérations humanitaires.