Cameroun : la chasse au tourisme sexuel est ouverte

Plusieurs acteurs du secteur touristique camerounais ont signé, samedi, à Yaoundé, une Charte contre le tourisme sexuel. L’objectif est de faire reculer ce « crime sans frontière », mais d’aucuns craignent que cette volonté reste lettre morte.

La lutte contre le tourisme sexuel s’organise. Samedi, à Yaoundé, plusieurs acteurs de la filière ont paraphé une « Charte contre le tourisme sexuel ». Un geste fort destiné à marquer la première Journée mondiale pour un tourisme responsable. Un geste fort et d’actualité, si l’on en croit un rapport qui indique que 10% des 842 millions de touristes choisissent leur lieu de villégiature en fonction du marché du sexe disponible. Le président de la Coalition internationale pour un tourisme responsable, Guillaume Cromer, a d’ailleurs souligné que trois millions d’adolescents dans le monde sont affectés par le tourisme sexuel, auquel l’Afrique paie un lourd tribut.

La mondialisation des vices

Le phénomène serait en pleine expansion, d’où l’élaboration de la Charte pour endiguer ce « crime sans frontières » en préservant notamment les valeurs culturelles. La branche camerounaise d’Africa Travel Association, qui s’occupe de la promotion de l’Afrique auprès des marchés nord-américains du tourisme, a signé la Charte. « Je pense qu’elle entre dans l’ordre de partage mis en place par le comité d’éthique de l’OMT (Organisation mondiale du tourisme, ndlr). Le tourisme est un vecteur de lutte contre la pauvreté et occupe le premier rang industriel au monde. Cependant, on s’est plus attardé sur les critères d’appréciations (nombre d’entrées, nuitées, capacité d’hébergement…) que sur l’impact, les bénéfices et les répercussions du tourisme sur les populations », reconnaît la présidente d’Africa Travel Association au Cameroun, qui couvre toute l’Afrique centrale.

Françoise Kameni Lele impute l’expansion du fléau à la mondialisation. « Avec la mondialisation, la religion, les technologies se mondialisent, mais aussi les vices, estime-t-elle. Je n’ai pas connu de cas précis, mais quand on regarde autour de soi, qu’on lit la presse et regarde la télévision, où des images un peu choquantes sont diffusées, on constate le phénomène. C’est sans compter les cas qui ne sont pas révélés. »

Tourisme sexuel vs prostitution

Amely-James Koh-Bela, porte-parole de l’association de lutte contre la traite à des fins de prostitution Mayina (« C’est ce que je veux », en boulou, une langue du Sud du Cameroun), relativise l’étendue du problème. « Le Cameroun n’est pas un pays très touristique. Le tourisme sexuel n’y est pas aussi développé qu’au Kenya, au Maroc, au Ghana, en Gambie ou au Sénégal. Il reste concentré dans trois grandes villes : Yaoundé, Douala (juste dans la zone des grands hôtels) et la station balnéaire de Kribi », assure l’écrivain, qui vient de publier l’ouvrage Mon combat contre la prostitution.

Un tourisme sexuel qui se caractérise par « des jeunes filles postées aux abords des grands hôtels et restaurants fréquentés par les européens, des femmes quinquagénaires qui déferlent à Kribi pour trouver des petits jeunes ou des enfants livrés comme des colis dans la chambre d’hôtels d’étrangers avec la complicité du personnel hôtelier. C’est très informel, très clandestin, très organisé », commente la militante camerounaise. La tendance l’inquiète, mais elle craint que la Charte ne soit qu’une coquille vide. « C’est très bien, il fallait bien commencer quelque part. Je les encourage dans cette voie. Mais compte tenu de l’importance du secteur informel du milieu, le niveau de corruption et les gros intérêts financiers derrière le tourisme sexuel, l’application de cette Charte sera très difficile », argue-t-elle.

Surtout, elle déplore que « le Cameroun ait préféré reconnaître le problème du tourisme sexuel plutôt que celui de la prostitution, du trafic sexuel ». Une question qui, selon elle, représente une menace plus immédiate.

Photo: scène du film « Vers le Sud »