Cameroun : l’opposition appelle à boycotter la fête nationale


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Alors que le Cameroun célèbre sa fête nationale ce 20 mai, des partis de l’opposition appellent au boycott du défilé, pendant que d’autres dénoncent une unité factice. En cause, le nouveau code électoral et le système de gestion du pays incarné depuis trente ans par Paul Biya.

(De notre correspondant)

Réunis le 12 mai à Foumban, un collectif de huit partis de l’opposition et une organisation de la société civile ont donné le ton et appellent au boycott de la fête nationale du pays. « Nous rejetons purement et simplement le code électoral promulgué par le président de la République adopté à la suite de la démarche unilatérale du RDPC et demandons à nos militants et à tout compatriote épris d’unité à s’abstenir de défiler le 20 mai 2012 », ont-ils déclaré à la fin de la rencontre. Objectif affiché : amener le chef de l’Etat Paul Biya au pouvoir depuis trente ans à surseoir à l’application du nouveau code électoral promulgué le 19 avril.

Ce regroupement des partis politiques est né au lendemain de la dernière élection présidentielle du 11 octobre 2011 sanctionnée par la victoire de Paul Biya avec 78% des suffrages. De nombreux partis avaient alors crié au hold-up électoral et quelques uns s’étaient constitués en un groupe dénommé le « groupe des 7 » ou G7. Dans la foulée, le président Paul Biya avait annoncé la reforme du code électoral et vouloir engager des concertations entre les organisations de la société civile, les partis politiques avec d’une part le Premier ministre et d’autre part avec les responsable de Elecam, organe chargé de l’organisation des élections au Cameroun.

Alors qu’on s’attendait, à la suite des concertations, un code électoral consensuel, le gouvernement va plutôt introduire à l’Assemblée nationale un code électoral unilatéral qui sera adopté par les députés. En effet, le RDPC, parti dont le chef est par ailleurs le président de la République compte à lui seul 153 des 180 députés que compte l’Assemblée nationale.

Le G7 qui a par la suite rallié dans son combat quelques partis et organisations de la société civile va alors annoncer une série de mesures dont des manifestations publiques qui n’ont jamais eu lieu. Leur dernière trouvaille étant le boycott du défilé de la fête nationale célébrée le 20 mai.

L’unité ne se décrète pas

Le Mouvement Africain pour la Nouvelle Indépendance et la Démocratie (Manidem), un parti de l’aile dure de l’opposition qui a créé un front du refus du code électoral a une démarche différente. Il appelle ses militants à défiler « pour marquer leur appartenance à la République », mais dénonce le concept d’unité que prône la fête du 20 mai. Pour ce parti, l’unité nationale ne se décrète pas. « Depuis 40 ans, les Kamerunais sont assaillis chaque 20 mai par des slogans pompeux qui claironnent « Unité Nationale! Unité Nationale! ». Peut-on célébrer quelque chose qui n’existe que pour tromper les Kamerunais ? », interroge-t-il dans une déclaration tirée à 100 000 exemplaires et distribuée sur l’ensemble du pays.

Pour ce parti, « On parle d’unité nationale quand les citoyens de tous bords se sentent solidaires d’un même destin et définissent ensemble le devenir de leurs pays, parce qu’ils se sentent chez eux. Malheureusement, c’est loin d’être le cas au Kamerun aujourd’hui ». Il rappelle le massacre de la jeunesse par l’armée pendant les émeutes de 2008, l’expropriation des populations de certains sites à Yaoundé, le favoritisme dans les recrutements, la répartition inéquitable des richesses du pays et leur accaparement par une poignée de citoyens pour justifier l’absence d’une unité nationale.

Pour le Manidem, « l’unité nationale se construit, elle ne se décrète pas. Elle se construit dans une dynamique harmonieuse entre le peuple et ses dirigeants… il n’y aura jamais d’unité nationale aussi longtemps que les criminels à cols blancs volent l’argent du pays et confisquent le pouvoir tandis que d’autres Kamerunais s’enfoncent dans la misère et subissent des injustices de toutes sortes. Le Code Électoral, honteusement adopté par l’Assemblé Nationale, est la parfaite illustration de l’unité nationale version RDPC et ses alliés », conclut le Manidem. La balle est désormais dans le camp des citoyens qui sauront faire le bon choix.

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