Cameroun : ensemble pour aider les aveugles

Etre aveugle en Afrique signifie-t-il forcément être condamné à la mendicité ? Plusieurs associations camerounaises refusent cette fatalité et aident les non-voyants à s’insérer dans la société et à devenir indépendants.

La vie des aveugles au Cameroun n’est pas facile. Mais ils ne sont pas seuls. Des associations essayent de les sortir de la précarité à laquelle ils semblent voués de part leur handicap. « Ils sont démunis, leurs familles sont démunies, ils sont sans emploi, sans soutien au niveau gouvernemental », énumère Martin Luther Amahata Adibita, responsable de l’action sociale au Club des jeunes aveugles réhabilités du Cameroun (CJARC), qui prend en charge à Yaoundé une trentaine de non-voyants. Dans ce contexte, difficile de vivre normalement et beaucoup de non-voyants mendient pour joindre les deux bouts. « En 1985, nous avions une subvention de 6 000 FCFA (environ 9 euros, ndlr) par an et en 1987 elle est tombée à 700 FCFA (près d’un euro, ndlr) pour ensuite disparaître complètement », déplore Martin Luther Amahata Adibita, lui-même aveugle.

Des formations et une scolarité adaptée

C’est pour sortir les handicapés visuels de cette détresse, qu’il a monté le CJARC, avec le directeur général Coco Bertin Mowa, également non-voyant. Une idée qui a germé après leur sortie de l’Institut de réhabilitation pour aveugles de Buéa (Sud-Ouest). « Nous avons pensé qu’ils pouvaient apprendre un métier et que ceux qui sont encore en âge de fréquenter aillent à l’école. C’est pour répondre à ces besoins que nous avons créé le Club en 1990. Les adultes sont en formation : ils apprennent l’élevage des poules ou encore l’artisanat (chaises tissées, ceintures, paniers) et reçoivent une initiation au braille car on a toujours besoin de prendre des notes ou de correspondre », poursuit Martin Luther Amahata Adibita, qui indique que le manque de moyens ralentit les activités.

Le CJARC envisage un projet d’alphabétisation au niveau national qui concernera 15 personnes dans chacune des dix provinces du pays. Il dispose par ailleurs d’une école primaire de quatre classes, qu’il espère agrandir d’ici la prochaine rentrée. L’association de Promotion des handicapés du Cameroun (Prohandicam) offre également la possibilité de scolariser des enfants. « Nous avons une école primaire intégrée où nous mêlons voyants et non-voyants pour préparer les enfants à l’idée qu’il y a des gens différents. Ensuite, nous transférons les enfants dans les collèges et lycées et nous continuons le suivi avec les transcriptions et le matériel spécialisé. Nous donnons aussi des cours d’appoint en mathématiques et assurons le transport du domicile à la maison et vice-versa. Pour ce qui est des examens, nous transcrivons les épreuves du ministère de l’Education », commente Laurent Kibambe, directeur administratif et financer de la Prohandicam, qui s’occupe d’une soixantaine d’enfants et d’adultes aveugles.

Une formation informatique

Parce que le chômage frappe tout le monde, voyant comme non-voyant, les aveugles n’ont aucune assurance que leur formation les tirera de l’indigence. « Le gouvernement a prévu une loi qui veut que chaque société doit employer 10% des personnes handicapées, mais elle n’est pas appliquée car il n’y a pas de mesures coercitives ou incitatives. Mais avec la révision de cette loi, nous espérons que ça va changer. Pour le moment, il n’y a vraiment que la Caisse nationale de prévoyance sociale qui essaye d’engager des handicapés. Ils sont surtout moteur, mais nous avons pu en envoyer une, qui est standardiste », confie Martin Luther Amahata Adibita.

Pour donner une valeur ajoutée aussi à ceux qu’il forme, le CJARC enseigne l’informatique aux aveugles grâce à un logiciel spécial. « Les ordinateurs sont comme ceux vous utilisez, mais nous avons en plus le logiciel Jos qui, par le biais d’une haut-parleur ou d’un casque, permet à l’aveugle d’entendre la manipulation qu’il vient de faire. S’il tape ‘A’, il entendra la machine dire ‘A’. Et parce que l’utilisateur ne peut pas vérifier si tout va bien, nous avons une imprimante en braille. Les aveugles peuvent aussi consulter leurs e-mails. Nous ne sommes pas encore connectés, mais s’ils vont dans un cybercafé, ils peuvent copier le message sur une disquette ou une clé USB et en rentrant le logiciel lira leur message », raconte le responsable de l’action sociale de l’association.

En plus des actions éducatives et formatrices, le CJARC mène des actions de sensibilisation dans les médias et les églises pour indiquer à la population que les aveugles ne représentent pas une menace et ne sont pas agressifs. L’association organise aussi des activités sportives : « Comme l’athlétisme, la lutte africaine, le judo ou le goal ball. C’est un jeu collectif paralympique qui se joue à six sur un terrain cimenté de 18 mètres de longueur sur 9 mètres de large. Le ballon est sonore et nous sommes trois par camp. Les cages font 1,30 mètre de hauteur et 9 mètres de large. Le but est de parvenir à maîtriser le ballon avant qu’il n’entre dans la cage. Chaque partie est composée de deux mi-temps de sept minutes », explique Martin Luther Amahata Adibita. Tout pour que les aveugles ne ressentent pas leur différence.