Cameroun : coup de froid sur les importations de poulet congelé

Les importations de poulet congelé au Cameroun ne sont désormais plus exonérées de TVA et sont même désormais assujetties à deux taxes supplémentaires. Cette mesure de rigueur, en vigueur depuis le 1er janvier dernier, est une initiative de la nouvelle loi de finances, qui entend mettre un terme au dumping sur le marché avicole camerounais. Un bol d’air frais pour les éleveurs locaux.

Par Barbara Vacher

Le Cameroun en guerre contre l’importation de poulet congelé. Les autorités ont, depuis le 1er janvier dernier, levé l’exonération de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) dont bénéficiait jusque-là ledit produit agro-alimentaire, et lui assène même deux autres taxes supplémentaires. Le but affiché est de protéger les éleveurs locaux contre une concurrence jugée déloyale. Inscrite dans la loi de finances 2005, l’initiative vient s’ajouter à la mesure prise en décembre 2004 de limiter à 5 000 tonnes, jusqu’à fin mars 2005, les importations de poulet congelé. Une nouvelle politique avicole protectionniste qui redonne des couleurs aux professionnels de la filière avicole nationale.

« L’Europe plume l’Afrique »

En plus des 17,5% de TVA, chaque kilogramme de poulet congelé est désormais frappé d’une taxe de 1 000 francs CFA et d’une taxe phytosanitaire de 3%. En imposant des barrières tarifaires aux importations, la nouvelle politique avicole de Yaoundé répond aux doléances de la campagne africano-européenne de sensibilisation « L’Europe plume l’Afrique », lancée par l’Association citoyenne de défense des intérêts collectifs (Acdic) de Bernard Ndjonga et d’autres organisations non gouvernementales. Cette campagne rend compte des dégâts que cause l’importation massive des découpes de poulets européens congelés sur les filières avicoles du continent. Ces découpes (pattes, ailes, et croupions), invendables sur le marché européen, trouvent en Afrique de juteux débouchés, où elles sont vendues à un prix inférieur à leur coût de production (principe du dumping). Les éleveurs locaux, qui vendent leurs produits entre 1.80 euro et 2.40 euros, se retrouvent ainsi deux à trois fois plus cher que le congelé.

Dans un entretien accordé au Messager à propos de la limitation du volume des importations, le directeur général de la Société des provenderies du Cameroun (SPC) a exprimé son soulagement et sa satisfaction « face à cette importante décision que le gouvernement de la République vient de prendre ». La limitation imposée par le gouvernement est néanmoins soumise à une condition : les fermiers locaux doivent pouvoir assurer la consommation nationale. Pour la SPC, « la production domestique peut satisfaire toute la demande nationale (…) à condition que nous soyons préparés à temps pour répondre à cette demande ». Pour l’Acdic, « la politique avicole engagée par Yaoundé est une décision encourageante, résolument engagée à la recherche d’une solution constructive ». Un premier pas vers la suspension, voire l’interdiction, de l’importation de poulets congelés, comme le souhaite l’association.

Pour autant, les nouvelles dispositions de l’Etat ne règlent pas tout. Les difficultés rencontrées au Cameroun pour la relance de la production restent réelles et ne sont pas différentes de celles rencontrées par ses voisins : manque d’investissements, de structures adaptées au climat, problèmes d’organisation… Il faudra aux éleveurs prouver qu’ils sont capables de répondre correctement à la demande. Pour ne pas plumer le consommateur.

 « L’Europe plume l’Afrique » Les poulets européens menacent la filière avicole africaine