Cameroun : « Casseur de pierres, mon métier »

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Au Cameroun, dans la lutte pour la survie, plusieurs petits métiers se créent dans le secteur informel dont celui de casseur de pierres. À longueur de journées, de nombreuses familles brisent des pierres pour en faire du gravier. Avec l’argent obtenu de la vente de ce précieux matériau aux camionneurs, ils pourront acheter de quoi se nourrir.

(De notre correspondant)

Il est midi, le soleil est au zénith en ces temps de saison sèche au Cameroun. Un groupe de jeunes, armés d’énormes marteaux de fabrication artisanale, frappe sur des pierres. Plus loin, des vieillards donnent leurs instructions aux mineurs qui font de nombreux aller-retour avec leurs brouettes. Quelques instants plus tard, un camion arrive. À l’aide de pelles, on y charge du gravier fin. A la fin du chargement, Pascal, jeune de douze ans jubile « Gars, je viens de pointer mes huit cents FCFA » (1,5 euros environ). Il s’éloigne du groupe pour aller s’acheter un plat de riz à la sauce d’arachide à 250 FCFA (0,38 euro).

Cette vie, c’est celle que mène Pascal depuis cinq ans. Son métier : « casseur de pierres ». Le métier de casseur de pierres devient de plus en plus courant pour affronter les conditions de vie difficile au Cameroun. De tous âges, de l’adolescence au troisième âge, on les retrouve dans les différentes « carrières » du pays. A Yaoundé par exemple, ils occupent surtout les coins isolés de la ville.

Un système bénéfique aux patrons et aux casseurs

Dans le quartier Mimboman de Yaoundé, ces travailleurs se retrouvent derrière la gare routière, au « Terminus ». Ici, tout est organisé comme un commerce : le site est divisé et chaque espace appartient à un individu appelé « patron ». Celui que nous avons rencontré s’appelle Ngoma. Il nous explique, l’air ténébreux, qu’il ne rencontre aucun problème avec les services publics pour sa production de gravier, un matériau important dans le secteur de la construction. Ses casseurs de pierres sont pour la plupart des adolescents. Pour Ngoma, tout dépend de la capacité de chacun à casser la pierre mais tous les acteurs de la chaîne bénéficient des revenus du gravier.

Plusieurs acteurs interviennent dans la chaîne de production du gravier. Les patrons achètent les pierres que les casseurs doivent ensuite concasser en gravier. Le produit fini peut ensuite être vendu : une brouette coûtera à l’acheteur 1.500 FCFA (2.5 euros) dont huit cents FCFA (1 .5 euro) seront reversés aux casseurs en fin de journée, et non-pas à la fin du mois. Le gravier se vend aussi à la livraison par l’intermédiaire des camionneurs. Ces derniers, car leurs frais de carburant leurs sont remboursés, sont payés 200.000 FCFA (environ trois cents euros) par mois. Avec toutes les dépenses et contreparties à honorer, on en vient à se demander si les patrons n’ont pas de problèmes financiers. A cette interrogation, Ngoma nous répond qu’il gagne bien sa vie et qu’il ne se plaint pas. Le seul danger se trouve au niveau de la santé. Les acteurs de ce secteur s’exposent à des maladies respiratoires et de graves blessures, faute d’accessoires de protection.

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