Cameroun : campagne contre l’immigration clandestine

L’association camerounaise Solutions aux migrations clandestines (Smic) a commencé, ce mercredi, à sensibiliser les jeunes de Yaoundé aux dangers de l’immigration illégale. Objectif : leur montrer que les images idylliques renvoyées par certains immigrés ne correspondent pas forcément à la réalité et qu’il vaut mieux trouver des solutions pour travailler au pays. Précisions d’Yves Tsala, président des Smic.

Solutions aux migrations clandestines (Smic) œuvre depuis 2005 pour avertir des dangers de l’immigration clandestine. « Nous avons lancé cette association parce qu’il ne se passait pas un jour sans que l’on entende que l’on a retrouvé le corps d’un jeune Africain dans le désert ou dans un train d’atterrissage. Cela nous a vraiment frappés alors on a essayé de faire quelque chose pour empêcher ça », confie Yves Tsala, président de l’organisation non gouvernementale officiellement reconnue depuis avril dernier. Aujourd’hui, Smic compte 33 membres et s’attache à respecter la parité homme-femme. « Notre bureau comprend cinq femmes et quatre hommes. Sur le terrain, nous envoyons toujours des équipes mixtes. C’est très important que les femmes aussi s’expriment. Les gens pensent trop que ce sont aux hommes de prendre la parole », poursuit le jeune homme de 32 ans. Le mois dernier, l’organisation non gouvernementale a lancé une campagne de prévention dans les lycées. L’équipe est déjà passée à Ebolowa et Monatélé et a commencé, ce mercredi, à visiter les établissements de Yaoundé. Yves Tsala revient sur les objectifs de cette campagne et nous brosse le portrait de l’immigration clandestine camerounaise, qui se traduirait par quelque 200 000 départs par an.

Afrik.com : Comment se passe la sensibilisation dans les lycées ?

Yves Tsala :
Nous avons choisi de nous rendre dans les lycées parce qu’il faut commencer par la base. Nous projetons des films pour que les élèves voient les conditions réelles de vie des immigrés clandestins. Après le film, il y a des causeries éducatives. On s’aperçoit alors que les jeunes comprennent très bien le message. Mais il y en a toujours qui disent qu’il n’y a rien à faire au Cameroun et qu’ils partiront coûte que coûte. Par contre, lorsque nous partons, nous voyons que ceux-là relativisent et se rendent compte que les choses sont plus difficiles que ce qu’ils pensaient.

Afrik.com : Quel message leur délivrez-vous ?

Yves Tsala :
Le message général est qu’ils doivent penser à se prendre en charge et ne pas attendre que l’Etat fasse les choses pour eux. Lors de la deuxième phase de la campagne, qui commencera en janvier 2007, le message sera le retour à nos valeurs et à la moralité. Nous expliquerons qu’il ne faut pas être obnubilé par l’argent. Ce volet concernera surtout les filles, à qui nous dirons que les femmes qui se prostituent à l’étranger et reviennent au pays pour construire des immeubles ne doivent pas constituer le reflet de la réussite.

Afrik.com : Existe-t-il une différence entre l’immigration clandestine des femmes et des hommes ?

Yves Tsala :
Les hommes passent surtout par les routes, alors que les femmes préfèrent utiliser le visa court séjour, en sachant très bien qu’elles ne reviendront pas.

Afrik.com : Et Internet ?

Yves Tsala :
C’est même l’une des formes les plus couramment utilisées par les jeunes filles. Elles passent par ce créneau pour faire venir une Blanc ici et faire un mariage blanc. Malgré le durcissement des lois d’immigration, les cybers sont toujours aussi pleins. Les filles ne se découragent pas et se disent qu’elles devront juste attendre plus que prévu.

Afrik.com : Quel est le profil des immigrants clandestins ?

Yves Tsala :
Ce qui est marquant, c’est que la majorité d’entre eux est jeune et a au moins le bac. Ils ont donc un niveau de formation de base, et quand on voit le taux de scolarisation qui est de 55%, on réalise à quel point c’est dommage de perdre ces jeunes sur lesquels on a investi un minimum.

Afrik.com : Votre association s’appelle Solutions aux migrations clandestines. Quelles solutions proposez-vous pour empêcher le départ des jeunes ?

Yves Tsala :
Nous sommes en contact avec des gens qui ont immigré illégalement. Nous leur disons que vivre dans l’illégalité n’est pas la solution et qu’ils ne doivent pas donner l’impression que tout va bien, en envoyant des photos où ils sont très biens habillés notamment parce que cela donne aux autres l’envie de partir clandestinement. Nous expliquons qu’ils ne doivent pas avoir honte des difficultés qu’ils vivent à l’étranger. Quant aux Camerounais de la diaspora, nous leur disons de ne pas oublier d’où ils viennent, qu’ils vivent dans des pays où les nouvelles technologies sont très développées et qu’ils doivent retransmettre leur savoir au Cameroun. L’argent qu’ils envoient, ce n’est pas suffisant. Ce sont des nouvelles technologies dont nous avons besoin pour créer des emplois et permettre aux jeunes de rester.

Afrik.com : Travaillez-vous en partenariat avec l’Etat ?

Yves Tsala :
Nous sommes en contact avec les autorités. Nous travaillons notamment avec le Fonds national pour l’emploi et l’Observatoire national pour l’emploi et la formation, parce que nous nous sommes rendus compte que les jeunes n’ont pas les informations dans ce domaine. Notre rôle est donc de les véhiculer vers eux. Nous organisons par ailleurs les jeunes par filière de métier afin qu’ils puissent se réunir et monter des projets. Nos experts les encadrent et les aident à monter des projets réalisables.

Afrik.com : Avez-vous déjà vous-même tenté de partir illégalement ?

Yves Tsala :
Non. J’ai fait toutes mes études au Cameroun. Je me déplace de façon ponctuelle à l’étranger et je reviens. Alors j’ai beaucoup de mal à comprendre ceux qui veulent partir à tout prix ! Il faut leur prouver que s’ils pensent que c’est dur ici, à l’étranger ce le sera encore plus.