Calao mobile : l’opérateur GSM des Africains de la diaspora

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L’idée est pour le moins originale. Celle de créer un opérateur de téléphonie mobile qui donne la possibilité aux Africains de la diaspora de téléphoner chez eux en utilisant leur portable. Sans se ruiner. C’est aujourd’hui une réalité avec le lancement en Belgique, en juin dernier, de Calao Mobile, par les jeunes et dynamiques fondateurs d’Alma Télécom, Karim Rajan et Philippe Benichou. Entretien avec Karim Rajan, président et co-fondateur de la marque.

karim_ok.jpgKarim Rajan, 26 ans, Belge et Ivoirien d’adoption, et Philippe Benichou, 32 ans, Français d’origine algérienne, sont les fondateurs du premier opérateur de réseau mobile virtuel (MVNO [[Le MVNO est un opérateur de téléphonie mobile qui ne possède pas d’infrastructures et qui s’appuie sur des opérateurs auprès desquels il achète une grande quantité d’heures de forfaits. Le MVNO les revend ensuite en détail à ses clients. Ces MVNO travaillent généralement sur des niches.]]) dont l’offre est spécialement conçue pour répondre au besoin des Africains de la diaspora : téléphoner chez eux à moindre coût. L’expérience a débuté en Belgique où cette communauté est estimée à 200 000 personnes. Les deux anciens consultants de Diamond Cluster International ont démissionné de leurs postes en novembre 2005 pour se consacrer entièrement à leur projet. Leur société Alma Telecom, au capital de 370 000 euros, existe officiellement depuis février 2005.

Afrik.com : Comment est né Calao Mobile ?

Karim Rajan :
Pour la petite histoire, je suis Belge mais j’ai passé ma jeunesse et mon enfance à Abidjan, en Côte d’Ivoire, où ma famille vit actuellement. Je suis donc Ivoirien de cœur. Avec tous les événements qui ont eu lieu, il m’est très souvent arrivé de les appeler dans l’urgence de mon portable et les tarifs des communications des portables de l’Europe vers l’Afrique sont très élevés. J’ai travaillé en tant que consultant, tout comme mon associé Philippe Benichou, pour de nombreux opérateurs de télécommunications dans le monde. Il nous a donc paru nécessaire d’apporter aux Africains, de Belgique pour l’instant, une solution qui leur permette de garder le contact avec leurs familles. Une solution complète, qui ne se limite pas à offrir la possibilité aux gens de téléphoner directement de leur portable à moindre coût.

Afrik.com : Quels sont vos tarifs sur l’Afrique ?

Karim Rajan :
Trente-neuf centimes la minute en heures creuses et 49 centimes en heures pleines, de 17 à 22 heures. Cette offre sera valable jusqu’à la fin du mois de septembre. Nous proposerons ensuite des tarifs de 39, 44 et 49 centimes d’euros par minute et nous garantissons à notre clientèle que le prix n’excèdera pas les 49 centimes. A titre de comparaison, chez Base, l’un des trois opérateurs de téléphonie mobile en Belgique, les communications vers la RDC et le Burundi, les pays dont sont originaires la plupart des Africains de Belgique, sont facturées deux euros la minute.

Afrik.com : Comment arrivez-vous à proposer des tarifs aussi bas ?

Karim Rajan :
La première raison est que les opérateurs ne s’intéressent pas assez à la communauté africaine pour penser à baisser leurs tarifs. Je suis dans une situation où moi aussi j’appelle l’Afrique ! La seconde réside dans le fait que notre expertise acquise dans le domaine des télécommunications nous permet de recourir à des solutions techniques innovantes rendues possibles par les nouvelles technologies de l’information qui relèvent, bien évidemment, du secret de fabrication (rires)!

Afrik.com : Vous dites proposer une solution complète qui prend en compte la dimension communautaire de votre cible. Concrètement, à quoi cela renvoie-t-il ?

Karim Rajan :
: Tout d’abord, nous proposons, en Belgique, un tarif qui est de 15 centimes à l’intérieur du réseau Calao et de 30 centimes vers les autres opérateurs. Contre, par exemple, l’offre de l’opérateur Base qui est de 25 centimes la minute pour tous les appels. Il faut préciser qu’environ 80% des clients appellent régulièrement deux ou trois personnes qui sont des proches.

Afrik.com : Ce n’est pas très attractif quand on sait que la plupart des forfaits en France, par exemple, vous donnent la possibilité d’appeler gratuitement à l’intérieur de votre réseau…

Karim Rajan
: C’est l’exception française du forfait, un concept inventé par l’opérateur français Bouygues Télécom. La pratique française, qui consiste à « offrir » un portable contre un engagement de longue durée, un abonnement en d’autres termes, est illégale en Belgique. Aussi, 90% des utilisateurs de mobiles en Belgique fonctionnent en prépayé.

Afrik.com : Quelles sont les autres volets de votre offre commerciale ?

Karim Rajan
: Nous avons une offre de parrainage qui donne, chaque fois, droit à 5 euros de crédit d’appel. Le client a ainsi la possibilité d’appeler en bénéficiant de ce tarif de 15 centimes. Enfin, nous avons un programme de récompense qui ne se contente pas de transformer les points accumulés en minutes d’appel, mais qui permet au client de choisir des cadeaux qu’il estime lui être utiles. Comme des produits de beauté pour les femmes. Nous allons également procéder régulièrement à des tirages au sort qui permettront à nos clients de gagner des billets d’avion pour l’Afrique. Nous nous sommes aussi rendus compte qu’il n’y avait pas une communauté africaine de Belgique, de France ou encore des Pays-Bas, mais une communauté africaine européenne. Les Africains ont de la famille un peu partout sur le Vieux Continent. C’est pourquoi nous avons une offre à destination des pays européens à 39 centimes, alors que les autres opérateurs facturent le double. Nous offrons également la possibilité à nos clients de bénéficier du roaming en Afrique : la réception des SMS est gratuite et la réception d’appel est facturée à 39 centimes. Les émissions, quant à elles, dépendent des tarifs appliqués par les opérateurs locaux. Il est enfin possible d’utiliser des cartes internationales prépayées sur le réseau Calao Mobile.

Afrik.com : Vous êtes entre la France et la Belgique. Pourquoi avez-vous choisi de lancer votre produit d’abord en Belgique ?

Karim Rajan :
Le marché belge est plus mûr pour ce qui est des opérateurs virtuels de téléphonie mobile. Nous sommes deux entrepreneurs indépendants – nous ne sommes rattachés à aucune marque, ni à aucun groupe – à qui des industriels et des investisseurs ont fait confiance. Par ailleurs, en France, les délais administratifs sont plus longs.

Afrik.com : Vous comptez proposer vos services dans l’Hexagone et plus largement en Europe ?

Karim Rajan
: J’ai envie de dire « Inch Allah » ! Nous avons lancé quelque chose et notre ambition est de permettre au maximum de gens d’en bénéficier.

Afrik.com : Pourquoi avoir choisi le Calao comme emblème ?

Karim Rajan
: Le Calao est un symbole de communication, notamment en Côte d’Ivoire chez les Senoufo (ethnie du nord du pays, ndlr), mais aussi dans d’autres pays africains. Il serait le messager des dieux et des ancêtres auprès des hommes. Cet oiseau renvoie également à l’idée de protection et de fidélité. Des valeurs qui conviennent particulièrement à Calao Mobile. C’est un réseau dans lequel on se sent bien parce qu’il est conçu et pensé pour répondre à vos attentes.

Afrik.com : Où peut-on se procurer les puces Calao mobile ?

Karim Rajan :
Auprès de nos distributeurs physiques, dont le réseau croît tous les jours afin de nous permettre de couvrir l’ensemble du territoire. Ils vendent des kits de 5 et 15 euros et les crédits sont valables deux mois. De plus grosses recharges allant jusqu’à 100 euros sont disponibles sur notre site. Ils sont valables quatre mois et la ligne reste active deux mois supplémentaires. Pour les personnes qui optent pour la portabilité de leur numéro, nous leur offrons un crédit de 10 euros pour les dédommager du délai d’une semaine nécessaire pour leur permettre de profiter des tarifs de Calao Mobile.

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