Cacao, Vietnam : la future Côte d’Ivoire d’Asie ?

Premier producteur mondial de Cacao, la Côte d’Ivoire a produit plus de 1,4 million de tonnes en 2004 et devrait conserver sa place de leader pendant dix ans, selon l’Organisation Internationale du Cacao. Mais elle devra à terme surveiller l’émergence rapide du Vietnam qui confirme ses bons débuts et ses énormes atouts. Une entrée timide mais très prometteuse.

Par cédric Reine

La Côte d’Ivoire restera le premier producteur mondial de cacao au plus tôt jusqu’en 2010 et au plus tard jusqu’en 2015. Telles sont les prévisions de l’Organisation Internationale du Cacao (OIC). Si le pays ouest-africain semble intouchable, la physionomie du marché pourrait être amenée à changer avec l’arrivée de pays tels que le Vietnam qui poursuivait une irrésistible ascension. Ce pays asiatique n’est pas un nouveau venu dans le domaine de la production agricole puisqu’il a déjà été premier producteur mondial de robusta (variété de caféier) et deuxième producteur mondial de café et ce en l’espace de seulement dix ans. Dès l’année prochaine, ses productions de cacao devraient doubler et s’étendrent ainsi sur 9 000 hectares.

Le cacao, originaire de la forêt Amazonienne, est incontestablement la première richesse de la Côte d’Ivoire. Introduite dès les premières années de sa colonisation, vers 1880, dans la région du Sud-est. Fort de 2 176 000 ha cultivés en 2000, la Côte d’Ivoire est au premier rang mondial depuis 1980. En 2004, avec 1,4 million de tonnes, le pays représentait à lui seul 60% de la production africaine et 40% de la production mondiale.

Vietnam : un rendement à l’hectare cinq fois plus élevé

La culture vietnamienne de cacao se développe sur toute l’étendue du pays : dans le Dak Lak, située au Sud-est des montagnes Truong Son et partageant une frontière de 240km avec le Cambodge. Rappelons que cette culture est déjà établie dans le delta du Mékong et dans la région de Ben Tre, à 85 km de Hô Chi Minh-ville. Ces endroits baignent dans un climat humide propice à une croissance convenable de la graine de cacao. Le Vietnam entend promouvoir une culture de qualité et pourra bénéficier de 4,5 millions de dollars distribués par l’administration américaine aux fermiers de Ben Tre, pour les initier aux rudiments de la culture cacaoyère. Mais l’atout majeur du pays reste le rendement à l’hectare. Alors que celui de la Côte d’Ivoire atteint au maximum 400kg, le Vietnam s’enorgueillit de deux tonnes à l’hectare.

Le Vietnam ne bénéficiera pas seulement de l’aide américaine. Il pourra également jouir d’un autre soutien. Celui de Cargill : une multinationale de l’agroalimentaire qui achète une partie des fèves vietnamiennes. De même, une usine de concassage aura pour but de transformer ces fèves en poudre et en beurre de cacao à partir de 2006. L’année qui va débuter s’annonce donc comme une année charnière pour ce petit pays qui monte. Par ailleurs, on évoque désormais très souvent un déficit de 100 000 tonnes de cacao sur le marché mondial. Ce déficit offrirait à plusieurs pays l’opportunité de produire davantage, ce qui augmenterait la concurrence internationale. La Côte d’Ivoire, dont le secteur est aujourd’hui en crise, n’a donc pas intérêt à se reposer sur ses lauriers sous peine de voir apparaître le Vietnam et d’autres pays, comme le Ghana, deuxième producteur mondial, dans ses rétroviseurs.