Cacahuète contre malnutrition

L’arrivée du Plumpy’nut a révolutionné le traitement des enfants souffrant de malnutrition sévère. Fabriqué par la société française Nutriset, le petit sachet calorique, à base d’arachide et prêt à consommer, est largement utilisé en Afrique. Détails.

Plumpy’nut en anglais veut dire « cacahuète dodue ». Derrière ce nom rigolo se cache un aliment prêt à consommer qui a révolutionné le traitement des enfants malnutris. A base d’arachide, il ne nécessite ni préparation, ni dilution, ni cuisson : il suffit d’ouvrir le petit sachet de 92 grammes (qui compte 500 calories) et de le donner aux petits. Fabriqué en France par la société Nutriset, le Plumpy’nut est « essentiellement utilisé en Afrique », indique Isabelle Sanguet, directrice générale, attachée au commercial et au développement.

« Avant Plumpy’nut, il n’existait que les laits en poudre pour traiter les malnutritions sévères », poursuit Isabelle Sanguet. « Ces laits fonctionnent très bien mais ils ont des limites. Ils doivent être utilisés exclusivement en centre de re-nutrition, ce qui représente une forte contrainte pour les parents. L’enfant doit être accompagné par un proche, il doit être ré-alimenté toutes les 2 heures et le traitement dure généralement 4 semaines. En plus, les laits demandent beaucoup de préparation et doivent être dilués dans de l’eau potable. »

Traitement à domicile

Plumpy’nut réduit considérablement ces contraintes. C’est un produit similaire au niveau du protocole d’utilisation (réglementé par l’Organisation mondiale de la Santé, OMS) mais il est prêt à l’emploi. Plus besoin d’eau, les sachets peuvent être distribués directement à la famille ce qui permet un traitement à domicile. « Les mères peuvent travailler et en même temps soigner leurs enfants. On a vu des femmes avec leur nourrisson sur le dos dans les champs, s’arrêter de travailler pour leur donner Plumpy’nut. »

Le produit a été mis au point en 1999 mais « cela fait seulement deux ans qu’il est utilisé à large échelle ». « Il a fallu réinventer les protocoles de prise en charge, former les gens différemment. Tout en sachant que le centre de re-nutrition ne disparaît pas car il y a toujours un suivi médical », explique Isabelle Sanguet. L’efficacité et l’acceptabilité du Plumpy’nut ont été prouvées : « Bien qu’à base d’arachide, il n’a pas donné lieu à des allergies particulières car les malnutris sévères ne réagissent pas de la même manière aux allergies développées par des bien-portants. Le Plumpy’nut est un succès et, avec son goût sucré, les enfants l’adorent. Ce qui est très important : pour se nourrir, il faut d’abord avoir envie de manger ! »

1 dollar par jour

La société productrice, Nutriset, est une entreprise agro-alimentaire « 100% dédiée aux programmes alimentaires humanitaires », comme le précise son site Internet, spécialisée dans les produits alimentaires spécifiques aux différentes sortes de malnutrition. Créée en 1986, cette PME de 35 personnes se trouve dans l’Ouest de la France. Et elle est totalement indépendante. « C’est fondamental pour notre liberté d’action », précise la directrice-générale. Il y a peu d’opérateurs de ce genre dans le monde et c’est déjà Nutriset qui a mis au point, au début des années 90, les deux laits en poudre thérapeutiques largement utilisés par les acteurs de terrain pour la re-nutrition.

1 000 tonnes de Plumpy’nut sont vendues par an, à des ONG comme Médecins sans Frontières, Action contre la faim ou Save the Children, ainsi qu’à différentes agences spécialisées des Nations Unies. « Les produits partent dans le mois de fabrication, on mise sur une réactivité de notre production et on s’adapte selon les besoins de nos partenaires », explique Isabelle Sanguet. Le traitement coûte environ 1 dollar par jour, et dure, en moyenne, 4 semaines. La durée dépendant du degré de malnutrition, de l’environnement socio-économique, de la situation du pays, en guerre ou non, et de l’environnement familial de l’enfant.

Produits locaux

Pour répondre aux demandes, Nutriset encourage également des programmes de fabrication locale. « Plumpy’nut contient des ingrédients simples qui peuvent être trouvés dans les pays. Nous travaillons beaucoup avec des ONG d’urgence, qui partent une fois la situation de crise passée. Or, de nombreuses régions, en Afrique notamment, connaissent des situations de malnutrition chronique. C’est pourquoi, une fabrication au plus près des lieux de consommation est nécessaire. »

Pour ce faire, Nutriset a développé un réseau de franchise : « Nous avons d’ores et déjà trois partenaires franchisés : un à Niamey, au Niger, un à Lumumbashi, en République démocratique du Congo et un à Blantyre, au Malawi. Dans ce pays, le ministère souhaite intégrer Plumpy’nut dans sa liste des médicaments essentiels mais veut utiliser des produits locaux. D’autres pays pensent même l’utiliser pour soigner des gens malades du sida. » La « cacahuète dodue » n’a pas fini de rebondir.

Visiter :

Le site de Nutriset.