Ça roule pour l’Afrique

Les grandes révolutions peuvent parfois naître d’un déclic dont la portée n’est pas perceptible au moment où il se produit. La victoire d’Abdul Wahad Sawadogo sur le Tour du Faso 2004, et plus généralement le niveau observé chez les équipes africaines durant ces deux semaines, pourraient se révéler comme le départ d’une nouvelle ère du cyclisme africain.

Sur le plan des résultats, la progression est nette : le maillot jaune revient à un Burkinabè, Abdul Wahad Sawadogo, mais on peut aussi constater que trois d’entre eux sont dans le Top 10. Saïdou Rouamba, 9ème au classement général, gagne par ailleurs le maillot vert devant Denis Flahaut, remarquable sprinteur en devenir.

Les contradicteurs ayant la dent dure, on entend parfois que la razzia des Africains s’explique uniquement par le choix d’une sélection révisée à la baisse en ce qui concerne la qualité des équipes européennes présentes sur le Tour. L’option prise par les organisateurs de favoriser une compétition plus équitable, que l’année précédente par exemple, s’est toutefois révélée payante en termes de confrontation et de qualité sportive. Les chiffres sont une fois de plus parlants : A.Wahab Sawadogo a parcouru les 1177 km du parcours à une vitesse moyenne de 40,638 km/h. A titre de comparaison, la moyenne constatée sur le Tour de l’Avenir cette année, avec il est vrai des difficultés de relief plus importantes (mais une chaleur moins accablante !) était de 40,597 km /h. Si le parallèle reste hasardeux, l’évolution de la vitesse ne trompe pas sur celle des capacités athlétiques des coureurs africains, comme l’explique Saïdou Rouamba, déjà présent sur le Tour en 1989 : « les progrès sont énormes, à l’époque nous tournions à des moyennes de 33 à 36 km/h, il est évident que nous sommes beaucoup plus compétitifs maintenant », se réjouit l’ancien.

Si le Burkina, qui organise la plus grande course à étapes africaine, est naturellement la locomotive du continent sur le terrain, les progrès ne se limitent pas aux coureurs burkinabè. Jean-Marie Leblanc, qui est venu assister aux quatre dernières étapes, se réjouit d’ailleurs de l’évolution en marche qu’il a pu apprécier : « Par rapport aux éditions précédentes, je trouve que le niveau général s’est réellement élevé, tans sur le plan physique que tactique. Désormais, ils savent comment mener une course d’équipe, construire une stratégie, et tout cela a été rendu possible par la qualité des confrontations que nous pouvons organiser ici avec les européens. On remarque d’ailleurs qu’au-delà des Burkinabè, les Angolais sont eux-aussi très compétitifs (2 victoires d’étape) et les Sénégalais prometteurs (maillot blanc pour Malick Thiam) ».

Mais la question du fossé qui séparent les Africains de l’élite européenne reste entière. Par exemple, la participation d’un coureur africain au Tour du France, qui relevait du fantasme il y a quelques années, n’est plus aussi surréaliste. Si l’on connaît désormais leurs qualités de rouleurs, il est difficile de parier sur leurs capacités à franchir des cols et à s’adapter au rythme européen : « pour en savoir plus, il va falloir que nous permettions à quelques-uns d’entre eux de venir plus régulièrement et plus longtemps en stage avec des équipes françaises », suggère le Directeur de l’épreuve, Laurent Bezault. Côté Burkinabè, l’enthousiasme de mise à Ouaga autorise à Sawadogo des perspectives très optimistes : « je pense que dans cinq ou six ans, un ou plusieurs coureurs burkinabè pourront avoir leur place dans le peloton du Tour de France », s’emporte le vainqueur, emmenant dans son élan son aîné, Saïdou Rouamba. Jean-Marie Leblanc, un peu plus patient sur l’échéance, ose lui-aussi un pronostic encourageant : « il se peut très bien que cela se produise dans une dizaine d’années ». Rendez-vous est pris pour 2014.

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