Burundi : une élection présidentielle à risque

Les Burundais se sont rendus ce lundi aux urnes afin de reconduire Pierre Nkurunziza le président sortant, à la tête de l’Etat. Il est le seul candidat en lice suite au retrait début juin des six candidats de l’opposition qui accusent les autorités de fraudes lors des élections communales organisées le 24 mai.

Quelque 3,5 millions d’électeurs burundais ont voté ce lundi dans 7 000 bureaux pour élire leur nouveau président. Pierre Nkurunziza,
lprésident sortant, est a la tête du Conseil des Nations pour la Défense de la Démocratie-Forces de Défense de la Démocratie (CNDD-FDD) depuis 5 ans et il est le seul candidat en lice. Les six candidats de l’opposition se se sont retirés du scrutin début juin. Ils accusent les autorités burundaises de fraudes durant les élections communales du 24 mai, dénoncent de graves manquements de la part de la Commission électorale indépendante (Ceni) et souhaitent sa disqualification, ainsi que la reprise des élections communales. Depuis ce scrutin, les opposants boycottent systématiquement les rendez-vous électoraux.

Une élection décisive ?

La tension entre l’opposition et le pouvoir s’est matérialisée dans une série d’attaques à la grenade qui a fait 8 morts et 60 blessés dans le pays au cours des jours précédant le scrutin. Le gouvernement a accusé l’opposition d’être à l’origine des attentats, qui étaient accompagnés de tracts incitant la population à ne pas participer au scrutin. Les autorités burundaises ont arrêté samedi soir six cadres du parti d’opposition du Mouvement pour la solidarité et le développement (MSD), dont la secrétaire générale Odette Ntahiraja. Ils sont accusés d’avoir voulu perturber le scrutin. « Ces gens ont été arrêtés sans aucun élément à charge », a déclaré Alexis Sinduhije, président du MSD. Alain Guillaume Buyoni, le ministre de la Sécurité publique se veut pourtant rassurant. « La situation est sous contrôle. L’armée et la police sont en train d’assurer conjointement la sécurité », a-t-il déclaré.

Cependant, la police aurait recensé une dizaine d’attaques à la grenade, qui n’ont pas fait de victimes, dans les heures précédant l’élection, sans toutefois faire de victime. Ce qui a sans doute effrayé les électeurs qui ne se sont pas déplacés en masse. «Lors des précédentes élections nous avions d’énormes files d’électeurs», a indiqué Floribet Nizigimana, chef du bureau de vote de Nabagera, dans le district de Cibitoke, dont les propos ont été rapportés par l’agence Associated Press. « Aujourd’hui, on dirait que les gens ont peur », a-t-il poursuivi.

Le Burundi, Etat à majorité hutue (85% de la population) a été le théâtre de violents massacres interethniques depuis 1962, date à laquelle elle est indépendante. Le scrutin de ce lundi devait être le gage d’un retour définitif de la paix dans un pays qui a connu la guerre civile entre 1993 et 2005.