Burundi : l’opposition se fissure

Alors que le chef de file de l’opposition, Agathon Rwasa, a décidé de siéger lundi à l’Assemblée nationale du Burundi, les autres partis opposés au président Pierre Nkurunziza qui avaient boycotté les élections législatives et présidentielle font la grogne.

Agathon Rwasa a estimé sa démarche cohérente. Alors qu’il avait dénoncé et boycotté l’organisation des élections législatives et présidentielle, le chef du Front national de libération (FNL), membre de la coalition des Indépendants de l’Espoir, a décidé de siéger ce lundi pour l’ouverture des travaux de l’Assemblée nationale. Les autres membres de l’opposition, confortés par le soutien de la communauté internationale, grincent des dents même si aucun n’a encore osé pour l’instant réagir. Il s’agit de soigner la réaction à opposer à l’ancien candidat à la présidentielle, de peur de provoquer une rupture définitive avec le principal opposant au président Pierre Nkurunziza.

Cette figure historique du FNL a siégé à l’Assemblée nationale ce lundi, pour la première session de la législature, en compagnie de 18 autres députés de la coalition des Indépendants de l’Espoir. Il refuse de parler de divergences avec cette formation bien que près de 12 députés de sa coalition étaient absents. « Cela ne veut pas dire qu’ils ne seront pas à Kigobe dans d’autres séances», a-t-il indiqué, rapporte le journal burundais Iwacu.

La communauté internationale critiquée

Officiellement, Agathon Rwasa a choisi de croire dans les négociations en cours avec le pouvoir en place, interrompues avant la Présidentielle, mais qui doit reprendre dans les prochains jours. La formation d’un gouvernement d’union nationale notamment est à l’ordre du jour des discussions. « Tout sera fixé par l’aboutissement du dialogue entre les parties », a-t-il précisé, en réfutant pratiquer un « double langage ». « Les Burundais ont été naïfs de croire que la Communauté internationale allait faire appliquer les recommandations et résolutions issues des différents sommets des Chefs d’Etat », a-t-il attaqué.

Son principal allié au sein de la coalition des Indépendants de l’Espoir, Charles Nditije, ne l’entend pas de cette oreille. Il a critiqué ce positionnement qui ne peut contribuer à améliorer la situation politique et sécuritaire : « Rwasa en entrant à l’Assemblée nationale n’a même pas la minorité de blocage pour le vote des lois ». « On doit se rendre à l’évidence, le forcing de Nkurunziza a bien réussi », rétorque pour sa part Agathon Rwasa. Il se justifie en indiquant ne pas vouloir abandonner les Burundais qui ont donné près de 30 sièges à la coalition dont 20 au FNL et 10 à l’UPRONA tandis que le CNDD-FDD au pouvoir en a obtenu 86. Près de 104 députés sur 121 étaient présents à l’ouverture de la séance de l’Assemblée nationale.