Burundi : l’élevage urbain interdit

Plus de 15 000 vaches circulent actuellement dans Bujumbura, la capitale du Burundi, perturbant la circulation urbaine et dégradant l’environnement. Les éleveurs ont reçu l’ordre de les évacuer avant le 1er mai, ce qui n’est pas du goût de tout le monde.

Par Mame Diarra

Les vaches de Bujumbura sont devenues indésirables. Elles doivent évacuer la ville avant le 1er mai, a révélé une source officielle dans la capitale burundaise. Estimées à plus de 15 000 têtes, elles avaient été amenées des montagnes à la ville par les éleveurs pour être protégées lorsque la guerre civile entre Tutsis et Hutus ravageait le pays en 1993. Depuis lors, elles sont restées dans la capitale et ses alentours causant des dommages à l’environnement. Les berges du lac Tanganyika sont aujourd’hui saturées par les bouses de vache qui, une fois séchées, deviennent un puissant engrais chimique servant de combustible et dégageant un gaz toxique entraînant la pollution, ce qui affecte les eaux du lac, moins poissonneuses d’année en année.

Par ailleurs, les vaches perturbent la circulation en ville. « Des accidents sont fréquents à cause de ces vaches qui circulent sur la chaussée, a ainsi déploré dimanche devant la presse la ministre de l’Environnement, de l’Aménagement du territoire et du Tourisme, Odette Kayitesi. La ville compte en effet de moins en moins d’espaces verts à cause des éleveurs, irrespectueux des normes environnementales pour faire paître leurs bêtes. » Il y en aurait même dans les quartiers huppés de Bujumbura comme Kiriri, rapporte le quotidien Burundi Express.

Le poids des éleveurs de bétail

« Les grands propriétaires de bétail au Burundi sont des hauts responsables de l’armée ou de la police et ont un poids politique non négligeable », explique une source proche de la mairie de la commune de Bujumbura, un homme qui attend comme tous les habitants de voir l’évacuation de sa ville devenue sale à causes des bovins. Quant aux fonctionnaires de la mairie et des services du ministère de l’Environnement et du Tourisme, ils restent silencieux, préférant ne pas s’exprimer sur la décision. « Je ne suis pas au courant », nous a dit l’un d’entre eux par téléphone, visiblement ennuyé d’être interrogé sur l’affaire. « Les gens risquent leur emploi s’ils parlent et dans ce pays, c’est la loi de la jungle. Mais il y a un réel besoin, la ville est polluée et a besoin d’être débarrassé de ces vaches », a ajouté un autre un peu plus volubile, en évoquant des lois datant de l’indépendance du pays et qui interdisent l’élevage urbain.

Une incompréhension persiste cependant entre les autorités burundaises, notamment le ministère de l’Intérieur, et les éleveurs, représentés le colonel Adolphe Muderi. Une proposition d’évacuer les bêtes vers la commune rurale de Bitimbuzi avait été faite, mais les éleveurs s’y étaient opposés, arguant le manque de sécurité et une insuffisance en eau pour permettre l’épanouissement des bêtes. D’après le colonel, la commune de Rukoko aurait été idéale pour accueillir les vaches « réfugiées » en raison de l’espace, une bête nécessitant un hectare pour son plein épanouissement, informe le quotidien Burundi Express dans un article daté du 22 mars 2006. Les éleveurs auraient même formé une association pour défendre leurs intérêts en rappelant l’insécurité qui persiste toujours dans les zones rurales, où s’affrontent encore des forces gouvernementales et le Front national de libération (FNL, rébellion). Pour leur part, les consommateurs craignent une hausse sensible du prix du lait et des produits dérivés si les éleveurs quittaient la capitale, rapporte Panapress.