Burundi : consommation d’alcool interdite avant 17h

Depuis quatre mois, il est interdit de consommer de l’alcool pendant les heures de travail au Burundi. Annoncée par le ministre de l’Intérieur en novembre dernier, cette mesure est loin de faire l’unanimité. Dans ce pays où la consommation d’alcool reste un des piliers de la vie sociale, le gouvernement s’inquiète des conséquences de celle-ci sur le travail des Burundais, notamment les fonctionnaires.

Par Vitraulle Mboungou

Interdiction de boire de l’alcool pendant les heures de travail. C’est la nouvelle loi en vigueur au Burundi depuis novembre dernier. Pour lutter contre l’absentéisme au travail, le ministre burundais de l’Intérieur, Salvatore Ntacodamaze, a décidé que « tous les bistrots seront désormais fermés jusqu’à 17 heures en ville et 15 heures dans les campagnes ou les villages ». Il a expliqué, à Afrik, vouloir « aider la population à retrouver le chemin du travail » et « rétablir l’ordre dans le monde du travail ». Il y avait selon lui, trop de laisser-aller, de retards, liés à l’ivresse des employés qui passaient trop de temps dans les débits de boisson. Il s’agit donc de pousser les Burundais à se défaire de cette mauvaise habitude. La consommation d’alcool, véritable fléau dans ce pays, est ainsi devenue la principale priorité du gouvernement.

Pour le ministre, l’ouverture des cabarets et bistrots à 15 heures et 17 heures est un bon compromis, à la fois pour les paysans qui travaillent dans les champs de 6 heures à 12 heures, et pour les travailleurs urbains qui sortent des bureaux à 15 heures. Les uns et les autres ont ainsi largement le temps d’aller boire. Seulement jusqu’à la tombée de la nuit pour les paysans et 22 heures pour les citadins pour prévenir les problèmes d’insécurité que peuvent occasionner l’ivresse. Cette mesure semble difficile à faire appliquer. Beaucoup cherchent sans cesse des astuces pour contourner l’interdiction, quelques fois avec la complicité des forces de l’ordre, ceux-là même qui sont sensés faire respecter la loi. « Toute nouvelle loi connaît toujours des résistances au début », indique Salvatore Ntacodamaze pour justifier la difficulté qu’a le gouvernement à faire appliquer cette loi et les différentes plaintes de mécontentement déposées dans les conseils communaux.

20 dollars d’amende pour le client, 150 pour le commerçant

Toujours est-il que les contrevenants risquent gros. Il en coûtera 20 dollars d’amende à un client pris en flagrant délit, 150 dollars à un commerçant coupable d’avoir vendu de l’alcool en dehors des heures prévues. Il risque même la prison en cas de récidive. « La consommation quotidienne d’alcool présente un risque réel pour les familles », souligne par ailleurs Mr Ntacodamaze, car elle représente une charge supplémentaire dans le budget familial déjà maigre. Dans les familles africaines où souvent seuls les maris travaillent avec un salaire généralement peu élevé, une telle situation peut se révéler très préoccupante, en particulier lorsque celui-ci dépense une large partie de son salaire dans les bars locaux. Cette mesure est par ailleurs, entrée en vigueur pour « préserver la santé de la population », insiste le ministre.

Selon Grégoire Ngenzebuhoro, chargé de communication à la Brarudi, la principale brasserie du Burundi, cette décision n’a pas eu d’impact négatif sur la consommation nationale de bière. La Brarudi, l’unique entreprise du pays à avoir toujours dégagé des bénéfices, vend chaque année près d’un million d’hectolitres de bière. Son volume de production ainsi que ses ventes n’ont pas chuté depuis l’annonce de la loi. Les gens ont continué à boire autant qu’avant, du moins en ville. La bière produite par cette entreprise est destinée avant tout à la population urbaine, les fonctionnaires en particulier, souligne Mr Ngenzebuhoro. Pour ce qui est de l’absentéisme des employés liée à la consommation d’alcool pendant les heures de travail, il affirme que : « la Brarudi, en tant que groupe a toujours conseillé à ses clients de ne pas boire pendant les heures de travail ».