Burkina Faso : vers la suppression de l’opposition?

Les leaders de l’opposition ont accusé le pouvoir de vouloir son démantèlement à travers un projet de loi visant à modifier ses statuts.

L’opposition burkinabè est en colère ! Elle a accusé samedi le pouvoir du Président Blaise Compaoré de vouloir son « démantèlement » et sa « suppression » à travers un projet de loi examiné mi-octobre en Conseil des ministres. Cette législation propose que les partis d’opposition s’enregistrent via une « déclaration officielle écrite envoyée au ministre chargé des libertés publiques », celui-ci publiant « chaque année sur cette base la liste actualisée des partis ».

Or, selon l’article 4 de la Constitution, les formations de l’opposition se déterminent en établissant une « déclaration officielle de leur appartenance à l’opposition » transmise « au chef de file de l’opposition ».
Mais pour le leader de l’opposition Zéphirin Diabré, « la loi proposée par le gouvernement vise tout simplement à supprimer l’opposition ». Selon lui, « il n’appartient pas à la majorité d’organiser l’opposition au travers d’une loi. Il appartient à l’opposition de s’organiser elle-même, de s’assumer et de trouver les ressources financières pour ses activités », a-t-il défendu lors d’un meeting, auquel plusieurs partis d’opposition ont participé.

Nouvelle manœuvre du pouvoir ?

Pour Zéphrin Diabré, c’est une nouvelle manœuvre du pouvoir qui « cherche à créer une opposition fantoche et divisée afin de pouvoir modifier à sa guise l’article 37 de la Constitution », qui limite à deux le nombre de mandats présidentiels et empêche le chef de l’Etat en exercice de se présenter à nouveau en 2015. D’après le chef de file de l’opposition, « la loi sur les statuts de l’opposition est une conséquence de la lutte de cette dernière contre la création d’un Sénat ». Ce projet prévu le 25 septembre dernier a finalement été suspendu par le Président Compaoré, suite à la vive contestation de l’opposition, des syndicats, et du clergé catholique contre la création de la chambre haute. D’après eux, la mise en place du Sénat permettrait au chef de l’Etat de modifier la Constitution pour pouvoir se représenter à la Présidentielle de 2015.

Cela fait un quart de siècle que Blaise Compaoré, arrivé au pouvoir en 1987, est à la tête du Burkina Faso. Pour le moment, il n’a pas dit clairement ses intentions pour la prochaine Présidentielle. En attendant, l’opposition guette ses moindre faits et gestes pour voir s’il a l’intention ou non de rester au pouvoir.