
Un rapport accablant de Human Rights Watch met en lumière l’ampleur des violences contre les civils au Burkina Faso depuis 2023. L’ONG affirme qu’au moins 1 800 civils ont été tués entre janvier 2023 et août 2025, dans des attaques attribuées à la fois aux groupes jihadistes et aux forces pro-gouvernementales. Le document évoque des exécutions massives, des violences ciblant certaines communautés et une crise humanitaire croissante. Human Rights Watch appelle désormais à l’ouverture d’enquêtes internationales pour crimes de guerre.
Le Burkina Faso s’enfonce dans une spirale de violence dont les chiffres donnent le vertige. Dans un rapport de 250 pages publié ce jeudi 2 avril 2026 et intitulé « Personne ne pourra s’échapper », l’ONG Human Rights Watch (HRW) dresse un inventaire macabre des exactions commises sur le territoire national. Entre janvier 2023 et août 2025, au moins 1 837 civils, dont de nombreux enfants, ont été passés par les armes. Ce document implacable ne se contente pas de pointer du doigt les groupes terroristes ; il documente également la responsabilité directe des forces gouvernementales et de leurs supplétifs dans ce qui s’apparente à des crimes de guerre.
L’armée et les VDP pointés du doigt dans le rapport de HRW
La lutte contre l’insurrection jihadiste a pris un tournant dramatique pour les populations rurales. Selon les données compilées par l’ONG, l’armée régulière burkinabè et les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP) sont responsables de la mort de 1 255 civils, parmi lesquels figurent 193 enfants. Ces tueries se concentrent souvent sur la communauté peule, systématiquement soupçonnée de complicité avec les groupes armés terroristes.
Le rapport décrit des scènes d’une cruauté extrême, comme à Solenzo en mars 2025 ou près de Djibo en décembre 2023, où plus de 400 personnes auraient été exécutées dans une quinzaine de villages. HRW va jusqu’à qualifier ces actes de « nettoyage ethnique ». Les témoignages de survivants font état de patrouilles militaires tirant sans distinction sur des hommes, des femmes et des vieillards, avec pour consigne de s’assurer que « personne ne respire encore » avant de quitter les lieux.
Le JNIM et la terreur jihadiste au Burkina Faso
Face à l’étau gouvernemental, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, continue de semer la désolation. L’ONG lui impute la mort de 582 civils sur la même période. Les jihadistes ciblent prioritairement ceux qu’ils accusent de collaborer avec les autorités de la transition ou de rejoindre les rangs des VDP.
L’un des épisodes les plus sombres documentés est le massacre de Barsalogho en août 2024. Le JNIM y a tué au moins 133 civils, dont des dizaines d’enfants, sous prétexte que la communauté locale soutenait l’effort de guerre gouvernemental. Pris entre le marteau de la répression militaire et l’enclume de la terreur jihadiste, le peuple burkinabè subit une double peine qui vide des régions entières de leurs habitants.
Une demande de justice internationale contre les dirigeants
Devant l’impossibilité d’obtenir justice au niveau national, où les magistrats courageux subissent des représailles ou des enrôlements forcés au front, Human Rights Watch appelle désormais à une intervention de la Cour pénale internationale (CPI). L’organisation préconise l’ouverture d’une enquête impartiale visant le capitaine Ibrahim Traoré, président de la transition, au titre de sa responsabilité de commandant suprême des forces armées.
Le rapport ne s’arrête pas aux autorités de Ouagadougou. Il demande également que des chefs jihadistes comme Iyad Ag Ghaly ou Jafar Dicko soient poursuivis pour crimes contre l’humanité. En documentant ces 57 incidents majeurs, HRW espère briser le cycle de l’impunité qui alimente la violence au Sahel. L’ONG exhorte enfin les partenaires internationaux du Burkina Faso à cesser toute coopération militaire avec une armée dont les dérives documentées menacent l’existence même de pans entiers de la population.




