Burkina Faso : les petites et moyennes entreprises courtisent les banques

Trop risqué d’investir dans les Petites et Moyennes Entreprises et Industries au Brukina Faso ? Faute de financements bancaires conséquents, ces dernières peinent à décoller. Pour aplanir ces difficultés, burkinapmepmi.com, un portail dédié à la promotion de l’entreprenariat, décerne ce vendredi 6 mai à Ouagadougou, les « Trophées des meilleures banques et établissements de crédits des PME/PMI au Burkina Faso ». Une première dans le pays. Entretien avec le promoteur de cet événment, Youépéné Hermann Nagalo.

De notre correspondant

Les faibles capacités managériales et organisationnelles des Petites et Moyennes Entreprises burkinabè ne sont pas la seule explication de leur manque de financement. C’est la conviction de Youépéné Hermann Nagalo. Promoteur de burkinapmepmi.com, un site dédié à la promotion des entreprises burkinabè depuis 2008, le jeune économiste burkinabè stigmatise aussi la tendance trop sécuritaire des banques, portées plus sur la solvabilité des PME/PMI que sur la « bancabilité » des projets présentés pour financement.

Afrik.com : Parlez-nous des Trophées des meilleures banques et établissements de crédits des PME/PMI au Burkina Faso. Qu’est que c’est ?

Youépéné Hermann Nagalo :
Il s’agit d’une cérémonie organisée par burkinapmepmi.com et ses partenaires, qui a pour but de récompenser la meilleure banque ou le meilleur établissement de crédit des PME/PMI. A cet effet, un jury national composé de dix experts dans les domaines du droit des affaires, de la fiscalité et de la communication a travaillé trois mois durant pour désigner les lauréats. Les jurés ont passé une dizaine de banques et d’institutions financières au crible de la performance, de la pertinence d’accompagnement et de développement des PME/PMI. Il s’agit pour nous de voir lesquels des banques et des établissements de crédit exerçant au Burkina Faso, à travers leurs politiques d’accès au crédit, se soucient le plus d’appuyer, d’accompagner les promoteurs des petites et moyennes entreprises dans leur implantation et leur quête du développement.

Afrik.com : Pourquoi des trophées pour récompenser les meilleures banques ?

Youépéné Hermann Nagalo :
Il y a cinq ans de cela, il était difficile pour un jeune ou une PME/PMI d’accéder à une banque. Aujourd’hui cela est possible, mais il reste que ce n’est pas facile de se faire comprendre ou de se faire accompagner par les banques. Cette situation n’est pas exclusivement imputable aux banques. Les responsabilités sont partagées entre elles et les PME/PMI. Alors au niveau de burkinapmepmi.com, nous avons trouvé opportun de servir d’intermédiaires entre ces deux entités afin qu’elles se comprennent et développent ensemble l’économie du Burkina Faso.

Afrik.com: Quelles sont les difficultés inhérentes aux PME/PMI burkinabè? Et qu’est-ce qui fait que les banques ne sont pas promptes à les accompagner dans leurs projets de développement ?

Youépéné Hermann Nagalo :
Les PME/PMI burkinabè sont inorganisées. Or, quand bien même elle a beaucoup de moyens, si une entreprise n’est pas bien organisée, elle ne peut atteindre ses objectifs. Une PME/PMI bien organisée facilite la tâche à la banque en ce sens qu’elle permet à la banque de mieux comprendre sa vision d’entreprise, de mieux cerner son développement et pouvoir du coup s’engager auprès d’elle. On ne s’aventure pas avec une compagne qu’on ne connaît pas.

Afrik.com: Cette inorganisation ne tient-elle pas aussi du caractère informel de l’économie locale?

Youépéné Hermann Nagalo :
Certes l’économie est informelle, mais l’explication fondamentale de cette inorganisation réside plus dans le manque de culture d’entreprise chez la plupart des acteurs économiques burkinabè. Ils n’y ont pas été formés. Et la plupart des chefs d’entreprises sont promptes à le reconnaître. Ils demandent pour eux et pour leurs employés des formations complémentaires afin de pouvoir maîtriser la gestion de l’entreprise. Il est donc impérieux de renforcer les capacités managériales des chefs d’entreprises afin qu’ils puissent savoir comment mieux s’organiser et comment développer leur entreprise progressivement. Le développement d’entreprise se fait sur plusieurs années. Cela implique que le chef d’entreprise et ses collaborateurs aient la même vision.

Afrik.com : Quel reproche fait-on aux institutions bancaires ?

Youépéné Hermann Nagalo :
Les banques ne perçoivent pas toujours les PME/PMI comme de potentiels clients et partenaires fiables. Les banquiers se soucient le plus souvent de la sécurité du crédit en se focalisant sur les garanties présentées par la PME. Du coup, les garanties sont placées au-delà des dossiers bancables. Or, le banquier devrait s’attacher plutôt la qualité du dossier qu’à la solvabilité de la PME/PMI. Autant il n’y a pas d’entreprises sans banques autant on ne saurait parler de banques sans entreprises. Ce sont deux entités complémentaires. Si les PEME/PMI ont des problèmes pour se développer, il revient aux banques de les appuyer, de les donner des conseils, de les fournir des orientations. En clair, cela revient pour les banques à mieux accompagner les PME/PMI à travers le conseil et surtout à travers les services mis à leur disposition. Mais, il appartient aux PME/PMI de s’adapter aux besoins des banques et de travailler de telle sorte à bénéficier de la confiance des banques afin de réaliser leurs objectifs de développement.

Afrik.com : Qu’espérez-vous avec ces trophées ? Pensez-vous que l’électrochoc va se produire ?

Youépéné Hermann Nagalo :
Notre objectif n’est pas de nous contenter de décerner des prix. Nous voulons provoquer une prise de conscience. D’abord chez les PME/PMI. Il faut qu’elles sachent que la compétitivité commence par l’organisation. Et si elles veulent se faire une place dans le marché sous-régional voire mondial, il faut qu’elles s’organisent mieux qu’elles ne le font actuellement. Mais tout cela n’est possible qu’avec l’accompagnement des banques. Si vous avez avec vous une banque forte qui vous conseille et vous accompagne dans votre projet, c’est évident que vous avez toute la latitude de décider, de créer, d’innover dans vos entreprises. Il faudra que désormais les banques soient accessibles aux PME/PMI tout en restant flexibles afin de les permettre de s’adapter à certaines conditions notamment le garanti bancaire. Les PME/PMI constituent 80 à 90% des entreprises au Burkina Faso. Il faudrait qu’elles soient intégrées dans le système financier moderne. A long terme, notre objectif est d’amener chaque banque à se spécialiser dans le financement d’un secteur donné. En décernant un trophée à une banque pour ses efforts dans un secteur d’activité comme les nouvelles technologies, la restauration, l’économie sociale, l’agriculture, l’artisanat etc., c’est une manière pour nous de l’encourager à s’y spécialiser ou du moins à mieux s’y positionner. Il n’y a pas de développement dans un pays tant qu’il n’existe pas de banques spécialisées.

Afrik.com : Avec quels moyens avez-vous organisé cette compétition ?

Youépéné Hermann Nagalo :
C’est avant tout la volonté. Nous n’avons bénéficié de l’appui d’aucun sponsor particulier. Nous avons été appuyés par la chambre de commerce, la fédération nationale des PME/PMI et avons bénéficié du soutien et des conseils de Justin Damo Baro, l’ancien gouverneur par intérim de la banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest. Notre budget initial était de 19 millions de francs CFA, mais nous n’avons mobilisé que le tiers. Aucune banque n’a apporté une quelconque contribution dans l’organisation de ces trophées, ni pour le dîner-gala ni pour la publicité que nous ferons aux banques qui seront lauréates. Nous, on ne paye pas pour se faire récompenser.