Burkina Faso : les magistrats en colère contre le nouveau régime

Au Burkina Faso, nombre d’actes posés par le tribunal militaire, notamment les mises en liberté provisoire de personnes interpellées dans le cadre du putsch manqué et l’annulation du mandat d’arrêt contre Guillaume Soro, ont fini par déclencher la colère des syndicats de magistrats.

La justice burkinabè est-elle indépendante ? Cette question se pose avec acuité dans ce pays d’Afrique de l’Ouest, compte tenu de nombre d’actes posés par le tribunal militaire. C’est le cas notamment des mises en liberté provisoire de personnes interpellées dans le cadre du putsch de septembre 2015 et l’annulation du mandat d’arrêt contre Guillaume Soro.

Ces décisions ayant entraîné une manifestation de la société civile devant le palais de justice de Ouagadougou, les déclarations du Président du Burkina Faso et celles du président de l’Assemblée nationale sur l’indépendance de la justice ont déclenché la colère des syndicats de magistrats, relève RFI. Le site ajoute que s’adressant aux jeunes de son parti, Salifou Diallo, président de l’Assemblée nationale, a tout bonnement servi qu’« on ne quittera pas le pouvoir des armes pour tomber dans le pouvoir des juges ».

Comme si cette déclaration ne suffisait pas, le Président Roch Marc Christian Kaboré est venu mettre de l’huile sur le feu en déclarant que « si vous avez un Etat où la magistrature est son propre patron, cela peut créer beaucoup de problèmes », précisant que ces questions seront revues au cours des discussions sur le passage à la Ve République. Suffisant pour déclencher la colère des magistrats qui sont d’avis que toutes ces déclarations tendent à remettre en cause l’indépendance de la justice acquise sous la Transition.

En effet, selon Antoine Kaboré, secrétaire général du syndicat autonome des magistrats du Burkina, « les autorités politiques n’ont rien à faire au sein du Conseil supérieur de la magistrature. Pendant près de trente ans, ils n’ont fait que diviser les magistrats et plomber l’indépendance de la magistrature. On ne peut pas revenir sur les acquis. Nous trouvons que c’est un net recul de voir le président au sein du CSM. »

Un combat pour l’indépendance de la justice enclenché par les magistrats réunis au sein de leurs syndicats, et qui comptent expliquer leur position aux Burkinabè, afin d’obtenir leur soutien.