
Quarante-huit heures après une nuit de confusion et de rumeurs alarmantes à Ouagadougou, le brouillard ne s’est pas dissipé ; il s’est épaissi. Si le calme apparent règne dans les rues de la capitale, les coulisses du pouvoir bruissent d’une reprise en main brutale. Entre un sommet de l’État muré dans le silence et une base militante en ébullition, le Burkina Faso traverse une zone de turbulences où la menace semble désormais venir de l’intérieur même de l’appareil sécuritaire.
C’est l’information capitale qui filtre depuis ce matin : la menace ne viendrait pas seulement des groupes armés terroristes ou d’ennemis extérieurs, mais du cœur du dispositif militaire. Selon plusieurs sources concordantes, la vague d’arrestations déclenchée dimanche ne vise pas uniquement des opposants classiques, mais frappe des maillons stratégiques de l’armée.
Le ciblage présumé de responsables des opérations de drones, dont le coordinateur pourtant proche d’Ibrahim Traoré, militaires comme civils est un signal d’alarme majeur. Les vecteurs aériens étant la clé de voûte de la stratégie de reconquête du Capitaine Ibrahim Traoré, une purge dans ce secteur suggère une crainte de « retournement » des propres armes du régime. La paranoïa semble avoir changé de camp : elle ne vise plus seulement l’exil, mais les frères d’armes restés au pays.
Le silence comme stratégie de communication
Fait marquant de cette séquence : le silence assourdissant des autorités. Au mardi 6 janvier à la mi-journée, aucun communiqué officiel n’est venu confirmer ou infirmer la tentative de déstabilisation.
Ce vide communicationnel est une tactique éprouvée. En laissant courir la rumeur sans l’officialiser, le régime laisse le champ libre à ses soutiens inconditionnels, les « Wayiyans« , la garde civile du Capitaine. Ces derniers occupent l’espace public, tiennent les ronds-points et saturent les réseaux sociaux, créant un « bouclier populaire » dissuasif sans que le gouvernement n’ait à engager sa parole officielle.
Un contexte social sous haute tension et l’exutoire du football
Cette crise survient dans un climat déjà alourdi par la multiplication des disparitions forcées (journalistes, magistrats, figures de la société civile). L’atmosphère à Ouagadougou est celle d’une ville où la loyauté se mesure à l’aune de la visibilité publique : ne pas soutenir bruyamment, c’est déjà être suspect.
Ironie du calendrier, cette journée sous tension doit s’achever par un événement qui dépasse le cadre sportif. Ce soir, les Étalons du Burkina Faso affrontent la Côte d’Ivoire dans le cadre de la CAN. Ce duel n’est pas anodin. Dans la rhétorique des soutiens du Capitaine Traoré, Abidjan est souvent pointée du doigt comme une base arrière de la déstabilisation. Un point d’autant plus important que les milieux d’affaires sont aussi dans le viseur du Capitaine pour leur éventuel soutien à la tentative de destabilisation. Une victoire ce soir serait exploitée comme un triomphe patriotique et une revanche symbolique. Une défaite, ou des débordements en marge du match, pourraient au contraire rajouter de l’électricité dans un air déjà saturé d’incertitudes.
48 heures après l’alerte, le Capitaine Traoré semble toujours maître du jeu, mais le périmètre de sa confiance se restreint. La transition burkinabè entre dans une phase de « nettoyage » interne, où la survie du régime passe par la surveillance accrue de ses propres gardiens.



