Burkina Faso : la bataille du Sénat fait rage

Le projet de création du Sénat divise toujours l’opposition et le pouvoir au Burkina Faso. Alors que le Président Blaise Compaoré insiste pour installer cette institution, ses détracteurs qui le soupçonnent d’œuvrer en coulisse pour se représenter à la Présidentielle de 2015, ne veulent plus en entendre parler.

La question du Sénat au Burkina Faso n’est toujours pas réglée. Loin de là. Alors que le pouvoir insiste sur la mise en place de la Chambre haute, ce qui serait une première dans le pays, l’opposition la rejette catégoriquement. Cette dernière, à l’appel de ses leaders, a manifesté à plusieurs reprises dans les rues de Ouagadougou pour contester un tel projet.

Le projet de la création du Sénat, dont la mise en place avait été prévue en septembre, a été décidée dans le cadre de « réformes démocratiques ». Ces dernières avaient été annoncées après un vaste mouvement de protestation, marqué notamment par des mutineries, qui avait failli provoquer la chute de Blaise Compaoré, qui s’était même réfugié dans son village natal, en 2011, craignant un coup d’Etat. Ce projet, voté en mai dernier par les députés, est présenté par le pouvoir comme un moyen de développer la démocratie dans le pays.

Un argument qui n’a pas fait recette auprès de l’opposition, qui estime qu’il s’agit en réalité d’un moyen pour le chef d’Etat burkinabè de modifier la Constitution pour se frayer un chemin, lui permettant de se représenter à la Présidentielle prévue en 2015, après 25 ans de pouvoir. Selon le chef de file l’opposition, Ziphirin Diabré, « personne ne veut de ce Sénat, dénonçant une supercherie et un gaspillage inacceptable. Le pouvoir cherche à imposer coûte que coûte ce Sénat pour engager une révision de l’article 37 de la Constitution limitant le nombre de mandats présidentiels et donner à M. Compaoré un pouvoir à vie ».

Blaise Compaoré riposte

Des allégations tout bonnement rejetées par le chef d’Etat, qui a tenu dans une longue diatribe à se défendre, lors d’une interview, lundi 5 août, sur la télévision nationale burkinabè, qui fêtait ses 50 ans. « Depuis que je suis Président, on me prête cette intention. Je pense que, de ma position, ce qui est important, c’est de veiller à ce que nous puissions respecter ensemble la Constitution du Burkina. Car, c’est cela qui est avant tout le ciment de nos engagements divers pour la politique et pour ce pays », avait-t-il déclaré.

D’après le chef d’Etat, « le plus grave, ce n’est pas de m’accuser de vouloir utiliser le Sénat pour ceci ou cela, puisque l’on m’accuse même d’avoir retardé l’émergence de ce pays depuis que je suis Président, alors que je pense avoir apporté plus d’eau potable, plus d’écoles, plus de santé, plus de libertés. Donc c’est un débat qui, pour moi, n’a pas beaucoup d’intérêt. Je crois que nous sommes là pour le Burkina et je crois que j’ai les mêmes droits que tout le monde ».

L’opposition maintient sa position

Même s’il est vivement contesté, le pouvoir n’abdique pas, et tente de trouver un moyen de créer le Sénat. Suite aux différentes manifestations à son encontre, il a proposé plusieurs concertations menées par le Comité de suivi et d’évaluation des réformes politiques, qui regroupe des représentants de partis au pouvoir, de l’opposition modérée et la société civile.

Ce comité a proposé de réduire le nombre de sénateurs de 89 à 71 et ramener l’âge minimum requis de 45 à 35 ou 30 ans. Il a également proposé de réduire le quota des sénateurs nommés par le chef de l’Etat qui, dans la loi, est fixé à 29, réclamant aussi au pouvoir de « prendre des mesures en vue de minimiser le coût de fonctionnement du Sénat ».

Des propositions qui n’ont pas convaincu l’opposition, qui a indiqué dans une déclaration commune, qu’elle « ne se sent nullement concernée par des discussions sur la recomposition, la modification ou le réaménagement du Sénat. Depuis le début, la position de l’opposition est connue : le Sénat est inutile, inopportun et budgétivore, au regard des besoins actuels de notre pays ». Des propos qui montrent que le bras-de-fer autour du Sénat ne fait que commencer.