Burkina Faso : l’armée fait le ménage

Les sanctions au sein de l’armée burkinabè sont tombées. Le chef d’état-major, le général Nabéré Honoré Traoré, a annoncé jeudi la radiation de 566 militaires mutins. Parmi eux, 217 ont été mis aux arrêts. Après les vagues de mutineries qui ont secoué le Burkina Faso de février à mai, retour forcé à la discipline militaire.

« Les sanctions servent d’exemple » a déclaré le chef d’état-major de l’armée, le général Nabéré Honoré Traoré. Le haut gradé burkinabè a annoncé jeudi lors d’une conférence de presse la « résiliation » de contrat « pour fautes de 2ème catégorie », à savoir l’atteinte à l’honneur, la morale, la probité, et les devoirs généraux du militaire avec incitation au désordre de 566 militaires. Parmi eux, 217 sont incarcérés à la Maison d’arrêt et de correction de l’armée (MACA) et à la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou (MACO). Ces derniers sont poursuivis pour rébellion, désertion, pillage, destruction et vol qualifié.

Après avoir mis fin aux mutineries de militaires le 3 juin, le général Traoré, nommé à la tête de l’armée en avril suite à la mutinerie du Régiment de sécurité présidentielle (RSP), a aussitôt engagé des enquêtes, a-t-il indiqué. « L’Armée nationale ne peut tolérer des actes de vandalisme, l’utilisation du matériel militaire à des fins autres que la défense de la Nation et de l’intégrité du territoire. Rien ne justifie de prendre les armes pour des revendications corporatistes », a déclaré le chef d’état-major.

Pas de panique pour la population

La première liste de militaires radiés sur les 12 000 que compte le pays est le résultat de ces investigations qui ne sont pas terminées. « Peu importe le chiffre, a affirmé le général, l’important c’est que les camarades les plus indisciplinés en notre sein quitte l’armée », rapporte le quotidien burkinabè Fasozine. « Quelques personnes irresponsables sans vocation militaire réelle ne doivent pas en imposer à l’institution », a-t-il lancé. Une institution qui doit demeurer « une armée républicaine, respectueuse des lois et intimement liée à la nation », selon lui.

Le général Nabéré Honoré a affirmé qu’aucun officier n’a pour le moment été touché par les sanctions, d’après Fasozine. Seuls certains sous-officiers, les militaires de rang et des éléments du Régiment de sécurité présidentielle (RSP), dont la rébellion a poussé le chef de l’Etat, Blaise Compaoré, à quitter temporairement la capitale Ouagadougou, ont vu leurs contrats résiliés. Répondant aux craintes que les militaires radiés ne s’en prennent aux populations le chef d’état-major s’est voulu rassurant : « Des instructions ont été données concernant la sécurité des populations. Pas de panique », a-t-il affirmé, ajoutant que les armes pillées avaient été récupérées.

La formation, le commandement et le recrutement à l’origine des mutineries

Les Forces Armées Nationales (FAN) souffrent d’un problème de « formation, de commandement et de recrutement », qui constituent les causes des mutineries à répétition dans le pays, selon le responsable militaire. Le général Nabéré Honoré Traoré a évoqué l’existence du « copinage » dans le recrutement des militaires dont certains parents vont voir des militaires pour leur dire : « J’ai un bandit chez moi, je veux qu’il soit dans l’armée ». Les FAN prévoient de remédier à ce système. D’autre part, durant les mutineries, des civils ont infiltrés les mutins pour commettre des actes de vandalisme, a-t-il ajouté. Concernant la formation, le général affirme que des efforts sont entrain d’être faits pour que chaque supérieur accorde plus de considération à ses subordonnés, rapporte Le Pays.

Outre ces mesures de fonds, les FAN ont annoncé la suspension de l’attribution de médailles au sein de l’armée, celle de la commémoration de leur anniversaire le 1er novembre prochain, celle de la fête nationale le 11 décembre et d’annuler leur bal de fin d’année, écrit Fasozine. Les mutineries ont coûté au total plus de 4 milliards de francs CFA en dégâts matériels dans les villes de Bobo Dioulasso (sud-ouest) et de Ouagagougou (centre) d’après l’armée. Sur le bilan des morts dans les rangs de l’armée, « il y a eu six morts, point barre», a répondu le général Nabéré Honoré Traoré.