Brigade d’intervention de l’UA : « Il faut en avoir les moyens »

L’Union Africaine (UA) a célébré, samedi 25 mai, son 50e anniversaire. Créée le 25 mai 1963 à Addis-Abeba, l’organisation panafricaine ne fait pas du tout l’unanimité auprès des Africains qui lui reprochent de ne pas améliorer leur quotidien. Son absence criante dans les divers conflits -Côte d’Ivoire, Libye et Mali- qui ont ravagé le continent a fait couler beaucoup d’encre. A l’issue du Sommet tenu dans la capitale éthiopienne, l’UA a annoncé la formation d’une brigade d’intervention. Un effet d’annonce ? Interview.

Michel Galy, sociologue et politologue travaillant sur l’Afrique, affirme que l’Union africaine doit d’abord se soustraire de l’emprise occidentale, en s’autofinançant, afin de devenir une organisation puissante et efficace. Sa dépendance financière serait, donc, selon lui, le frein majeur au développement de cette organisation panafricaine, âgée d’un demi siècle, qui peine à régler les problèmes économiques ainsi que les menaces islamistes qui se posent à l’Afrique. A entendre le spécialiste, la brigade d’intervention de l’UA n’est pour l’heure qu’un effet d’annonce qui reste à concrétiser.

Afrik.com : Qu’est-ce qu’il y a à retenir de ce Sommet des 50 ans de l’Union africaine (UA) ?

Michel Galy :
Rien de novateur. La décision de créer une brigade d’intervention rapide, une fonction jadis exercée par les corps étrangers en particulier la France (au Mali, par exemple), est le fait marquant de ce sommet. C’est, a priori, une bonne idée car l’Afrique n’aura plus recours à l’appui des forces extérieures, occidentales, françaises et britanniques en particulier.

Afrik.com : L’UA est décriée en Afrique et désavouée par les puissances occidentales, est-ce que cette annonce de création d’une brigade d’intervention n’est pas un effet d’annonce ?

Michel Galy :
Il faut en avoir les moyens. Il y a une différence entre une volonté ou un désir politique et les faits. Le budget de l’UA n’est pas encore assuré par les pays africains. On peut donc se poser des questions sur la formation de cette force panafricaine.

Afrik.com : Pourtant la formation d’une force panafricaine pourrait permettre à l’UA de combattre la menace terroriste notamment au Mali. Pourquoi l’organisation panafricaine refuse la convocation de François Hollande à Paris pour discuter des problèmes de sécurité qui pèsent sur la région ?

Michel Galy :
La proposition de l’UA est ambiguë. Aussi bien l’Union africaine que la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) accusent une impuissance à intervenir rapidement. Elles ont été soulagées par l’intervention française au Mali. Cela dit, la convocation à Paris de François Hollande est mal perçue à cause de son lieu, ce qui laisse transparaître une connotation néocolonialiste. Cependant, c’est une continuité de la politique du président français qui prône une intervention collective des forces africaines. Même si c’est maladroit de la part d’une ancienne puissance coloniale de convier ses homologues africains à assister à une rencontre sur l’Afrique qui doit se dérouler en France.

Afrik.com : L’Union africaine ne fait pas du tout l’unanimité en Afrique. Comment rendre cette organisation, âgée de 50 ans, plus opérationnelle et efficace ?

Michel Galy :
C’est difficile. Les Etats africains sont quand même faibles, mais ils ont des sociétés puissantes. L’Union africaine est donc une organisation faible composée des Etats faibles économiquement et militairement. Le jour où ils (les chefs d’Etats africains) pourraient eux-mêmes financer cette organisation, elle deviendrait alors plus puissante.

Afrik.com : En quoi la dépendance financière de l’Union africaine à l’Occident pose problème ?

Michel Galy :
Il y a un risque de subordination qui se traduit par l’incapacité de prendre les décisions et diverses contraintes. Avant l’intervention en Libye, l’Union africaine prônait des négociations avec Kadhafi. Elle a ainsi mal perçu son renversement et assassinat par les forces occidentales.