
Quatre jours après avoir annoncé sa candidature aux BRICS, Accra précise sa démarche. Le Ghana sollicitera d’abord le statut de pays partenaire, obtenu par le Nigeria en janvier 2025. La demande passe par l’Inde, qui préside le groupe cette année.
Le ministre ghanéen des Affaires étrangères, Samuel Okudzeto Ablakwa, a apporté la précision ce samedi 10 octobre dans l’émission « Key Points » de TV3. Le Ghana demandera d’abord à devenir pays partenaire, l’adhésion pleine restant une perspective pour plus tard. Mardi, les déclarations officielles parlaient seulement d’une « candidature formelle », sans préciser la catégorie visée.
Lire aussi : Le Congo veut intégrer les BRICS
L’annonce initiale remonte au 6 octobre. Samuel Okudzeto Ablakwa l’avait faite à Accra, en conférence de presse avec son homologue indien, Subrahmanyam Jaishankar, en visite officielle. Il a indiqué avoir formellement sollicité le soutien de New Delhi, qui assure cette année la présidence tournante des BRICS. C’est à cette présidence qu’un pays doit notifier son intérêt pour devenir partenaire. Le ministre ghanéen a aussi mis en avant les échanges commerciaux avec l’Inde, qui ont plus que doublé depuis 2024. Jaishankar s’est dit favorable aux aspirations du Ghana, tout en rappelant que la décision revient à l’ensemble du groupe.
La procédure prend du temps. Une fois l’intérêt notifié, les ministres des Affaires étrangères du groupe émettent des recommandations, puis les chefs d’État et de gouvernement décident par consensus. Le sommet de New Delhi s’étant tenu les 12 et 13 septembre, la demande ghanéenne ne devrait pas être tranchée avant le prochain sommet, en 2027. En 2025, la Malaisie, devenue partenaire en janvier, déplorait qu’aucun mécanisme ne définisse le passage au statut de membre.
Le Ghana dans les pas du Nigeria
Au sommet de New Delhi, vingt mois après son entrée comme partenaire, Abuja en était encore à réclamer des actes. Le vice-président Kashim Shettima, qui représentait Bola Tinubu, a plaidé pour un partenariat qui passe « du dialogue aux résultats ». Il a aussi présenté le pays comme une porte d’entrée vers la Zone de libre-échange continentale africaine.
Le Ghana s’inscrit dans une démarche comparable. Pour Accra, il s’agit d’élargir les possibilités de coopération économique, de consolider les relations avec les pays du Sud global et de trouver de nouveaux débouchés pour son économie. Les deux pays souhaitent ne pas dépendre d’un cercle restreint de partenaires pour soutenir leur développement.
Les BRICS, une alternative pour diversifier les partenariats
Créé autour du Brésil, de la Russie, de l’Inde et de la Chine, puis rejoint par l’Afrique du Sud, le groupe s’est élargi au fil des années. Il revendique aujourd’hui onze membres à part entière, dont l’Égypte, l’Éthiopie, l’Iran, l’Indonésie, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, qui n’a toutefois jamais formellement confirmé son adhésion. Le statut de pays partenaire, instauré en 2024, permet à d’autres États de participer à certaines activités du groupe sans en devenir immédiatement membres à part entière.
Pour les autorités ghanéennes, l’intérêt est d’abord économique. Samuel Okudzeto Ablakwa veut attirer des capitaux et industrialiser le pays, pour qu’il cesse d’exporter surtout des matières premières. Rejoindre l’Inde au sein des BRICS « nous offrira des options économiques », a-t-il déclaré mardi.
Accra refuse de parler de rupture avec l’Occident et évoque l’héritage de Kwame Nkrumah
Le gouvernement ghanéen se défend de tourner le dos à ses partenaires traditionnels. Samuel Okudzeto Ablakwa a affirmé que son pays entendait maintenir ses relations existantes et développer de nouvelles coopérations. Il a rappelé le poids économique de la Chine au Ghana et défendu l’idée qu’une concurrence entre partenaires sert les intérêts du pays.
Cette précision est importante. L’adhésion aux BRICS est souvent interprétée à travers les rivalités entre puissances occidentales et émergentes. Le groupe n’a pourtant rien d’un bloc homogène, et c’est par l’Inde, rivale historique de la Chine, que le Ghana engage sa démarche.
Accra revendique aussi l’héritage de Kwame Nkrumah. Au plus fort de la guerre froide, le premier président ghanéen avait entretenu des relations avec des puissances aux orientations idéologiques opposées, sans placer son pays sous l’influence d’un seul bloc. Devant Subrahmanyam Jaishankar, Samuel Okudzeto Ablakwa a rappelé les liens historiques entre Nkrumah et Jawaharlal Nehru, tous deux engagés dans le développement du mouvement des non-alignés.
Un signal pour l’Afrique de l’Ouest anglophone
Le Nigeria et le Ghana sont deux acteurs économiques et diplomatiques importants de la région. Leur intérêt commun pour les BRICS peut renforcer la visibilité de l’Afrique de l’Ouest dans les discussions sur la réforme de la gouvernance mondiale et la coopération Sud-Sud.
Il serait toutefois prématuré de parler d’un basculement régional généralisé. À ce stade, le Nigeria est le seul pays d’Afrique de l’Ouest à détenir le statut de partenaire, et le Ghana doit encore déposer sa demande puis obtenir l’accord des membres du groupe.




