Brazzaville roule au ralenti

Conséquence inattendue de la guerre dans la région du Pool : les pénuries de carburant se sont installées depuis plus de deux mois à Brazzaville. Et paralysent une grande partie de la vie économique de la capitale.

Un chauffeur de taxi râle. La semaine dernière, il n’a pu travailler que deux jours. Non qu’il soit particulièrement tire-au-flanc. Simplement Brazzaville est à court d’essence. Il tente régulièrement de faire le tour des petits vendeurs de rue qui s’approvisionnent à Kinshasa.  » Mais ils vendent le litre à 1000, voire 1 200 francs cfa, contre 400 à la pompe. C’est beaucoup trop cher. Et dans les stations-services, les administrations et les voitures officielles sont prioritaires. Du coup, on est obligé de faire payer la course 1 000 francs au lieu de 700. Et de refuser des clients lorsqu’on est en panne.  »

 » Un comble pour un pays producteur de pétrole !  » ironise un autre, un peu amer. On le serait à moins. Voilà plus deux mois que la capitale congolaise vit au rythme des pénuries de carburant. Deux mois qu’elle peine à résorber le déficit. Et pour une raison bien simple : 80% des approvisionnements en produits pétroliers en provenance de Pointe-Noire s’effectuent par voie ferroviaire. Et la liaison Pointe-Noire-Brazzaville a été la première touchée par les combats qui ont éclaté le 29 mars dernier dans la région du Pool.

Chômage technique

Depuis, le trafic ferroviaire a progressivement repris. Mais au ralenti.  » Une rame de douze wagons-citernes arrive en moyenne tous les deux jours à Brazzaville. Or l’acheminement est considéré comme satisfaisant lorsqu’on atteint cinquante wagons-citernes par semaine « , explique Joseph Elo, conseiller aux Transports terrestres. Des difficultés de circulation qui se répercutent immédiatement sur la vie économique du pays.

 » Les transports en commun se débrouillent en fractionnant les itinéraires. Ils débarquent les passagers à mi-chemin pour en prendre d’autres « , souligne Joseph Elo.  » Mais c’est surtout le fonctionnement des administrations et des entreprises qui est fortement perturbé. Elles accumulent du retard dans l’embauche du personnel, la réalisation des grands chantiers. C’est pourquoi nous accordons une priorité aux sociétés industrielles, entreprises responsables de grands travaux et à certaines administrations.  »

Pénurie chronique

Mais au ministère des Transports, on est conscient que ces quelques mesures ponctuelles ne résoudront pas le problème. Et que les troubles du Pool n’expliquent pas tout.  » Il faudrait rénover l’ensemble des infrastructures ferroviaires et renouveler en grande partie le parc de locomotives et de wagons endommagé pendant les guerres civiles de 1997 et 1998. Autant d’investissements trop lourds pour les finances publiques « , affirme le ministère.

Alors on s’en remet à une privatisation prochaine d’Hydro-Congo, la société qui fournit Brazzaville en produits pétroliers. Une opération qui devrait lui donner les ressources financières suffisantes pour réhabiliter le réseau et augmenter ses stocks de produits pétroliers. Mais la date n’en est pas encore fixée.