BR TV branchée hommes libres

Un média au coeur de la tourmente kabyle. Berbère Radio Télévision est en première ligne pour couvrir les événements qui ensanglantent la Kabylie depuis quinze jours. Témoignages et récits saturent les lignes téléphoniques. Découverte de la référence n°1 du monde berbère.

Une simple affichette au format carte postale collée sur la porte indique que Berbère Radio Télévision (BR TV) c’est bien ici, au rez-de-chaussée d’un immeuble de la très cossue rue du Cherche-midi dans le 6ème arrondissement de Paris. C’est bien ici que la première et unique télévision à destination des Berbères diffuse par satellite ses programmes sur l’Europe et l’Afrique du Nord. C’est bien d’ici qu’une web-radio au succès grandissant envoie ses ondes positives aux Berbères de France, d’Algérie et de Navarre.

C’est bien ici, surtout, que les informations les plus fraîches et les plus directes sur les événements macabres qui ensanglantent la Kabylie depuis une dizaine de jours sont récoltées, recoupées, vérifiées. Aujourd’hui, les différents médias français font part d’une accalmie de la situation en Algérie. A BR TV aussi, le calme semble revenir peu à peu. L’ambiance est feutrée, troublée seulement par les sonneries incessantes des téléphones qui se répondent d’un bout à l’autre des locaux. Le maître des lieux, Mustapha Saadi, co-fondateur et directeur de la station, passe d’un poste à un autre sans se départir de son flegme. France 2, Politis, France Info, Libération… Les journalistes le pressent de questions.  » C’est dur « , lance-t-il dans un sourire.

Ecoute psychologique

Depuis le début de cette aventure audiovisuelle berbère, le 1er janvier 2000, l’équipe n’avait pas connu un tel bouleversement. Avec les événements en Algérie, le standard, le fax et les ondes sont pris d’assaut.  » On gère difficilement « , avoue Mustapha.  » BR TV est le seul média, l’unique moyen d’expression pour une communauté qui compte entre 20 et 25 millions d’âmes. Les gens se sont naturellement tournés vers nous pour exprimer leurs angoisses « , explique Mustapha.

Résultat : les douze personnes de l’équipe se sont mises à pratiquer l’accueil et l’écoute psychologique.

 » Nous devions écouter et comprendre la souffrance, le deuil. Ensuite, dire les choses avec objectivité, témoigner de la violence, inexpliquée et inexplicable. Enfin, informer les médias, le monde.  »

Les témoignages spontanés et sans arrière-pensées des premiers jours sont souvent poignants.  » Certaines personnes de notre équipe pleuraient au téléphone « , note Mustapha.  » Nous avons eu beaucoup d’appel à la colère, à la vengeance. Il a fallu apaiser, pacifier, raisonner. C’était difficile.  » Puis les appels se sont fait plus politiques :  » Certains ont voulu régler leurs comptes par notre intermédiaire. Nous avons continué notre travail d’accueil et d’écoute mais à l’antenne, nous avons privilégié les débats, avec des universitaires.  »

Message de fraternité

Aujourd’hui, l’équipe est réduite, les conversations, discrètes. Le français répond au berbère et vice-versa. Après la folie des derniers jours, chacun économise son énergie.  » A présent, nous allons souffler un peu, réfléchir sur ce que nous avons vécu. Nous sommes sur le qui-vive car il faut continuer à informer les journalistes mais les choses vont reprendre leur cours.  » Comme la grille des programmes, bouleversée ces quinze derniers jours :  » Plus de chansons rythmées, toute manifestation de joie a été proscrite. C’est devenu lugubre ici !  » plaisante Mustapha.

BR TV va donc reprendre le fil de ses émissions qui mettent en valeur le monde et la culture berbère, leur redonnent fierté et les réconcilient avec eux-mêmes. » Les Berbères représentent un vieux peuple qui s’est maintenu sans Etat. Son existence et sa pérennité reposent, de fait, sur des références plus culturelles et identitaires que politiques. Sur BR TV nous voulons transmettre et perpétuer un message civilisationnel de fraternité.  »

Avec quatre heures d’émissions télévisées quotidiennes (documentaires en kabyle, dessins animés, entretiens, reportages, de 18 à 22 heures) et une radio diffusée 24 heures sur 24 sur Internet, BR TV a su conquérir son public. Une communauté berbère, éclatée, dispersée et en mal de reconnaissance, qui retrouve ses racines grâce à ce média 100% amazigh.