Boumkoeur à coeur ouvert

Boumkoeur est un roman de Rachid Djaïdani, paru en 1999, qui joue avec les mots de la cité, un roman où la langue sait se faire plurielle pour exprimer une génération entre poésie urbaine et désarroi face au monde contemporain. L’adaptation théâtrale d’Habib Naghmouchin, à la Maison des métallos (Paris), est remarquable.

Parce que la langue parlée des banlieues des grandes villes occidentales est une sorte de phrasé rapide qui a donné naissance au Slam, parce que les univers de référence cahotent un peu entre les valeurs vaguement héritées et les principes faiblement inculqués, le roman de Rachid Djaïdani appelait une mise en scène théâtrale. Souvent, on se prenait à le lire à voix haute, à en scander les phrases.

Quand la poésie éclate dans le verbe des quartiers

Il y a quelque chose du chant dans la manière aérienne et limpide qu’ont adoptée Tony Mpoudja et Salim Kechiouche pour jouer Boumkoeur. Le paradoxe et le génie de cette pièce, c’est que les acteurs y circulent naturellement dans un monde verbal, où la poésie naît des mots du quotidien, où la poésie éclate dans le verbe des quartiers.

Face à cette pièce qui est une sorte de longue détonation soutenue, une « explosion fixe », comme disait le poète, on est doublement soufflé, par Tony Mpoudja, révélé en 1999, Prix du meilleur espoir à Paris en 2001, acteur dans Dans tes rêves de Denis Thybaud et 35 Rhum de Claire Denis, qui joue ici Grézi, « les murs et les oreilles des tours… » A lui revient de se faire l’écho de la cité, de la vie réelle dans cet univers dont il connaît les tours… et les détours.

Salim Kechiouche juste et touchant

Soufflé aussi par Salim Kechiouche, impeccable de justesse, d’émotion, d’implication : avec une filmographie désormais impressionnante, le jeune acteur que Gaël Morel avait révélé dans A toute vitesse a désormais acquis du coffre et de la maturité. A l’aise à la fois dans la drôlerie ou la dérision décalée (comme dans Fortune de Stéphane Meunier dont la deuxième saison passera sur Arte prochainement) et dans l’émotion douloureuse et déchirée, Salim offre une interprétation magistrale à un rôle complexe et profond. La tirade du nez de Cyrano, version rapée, est un monument d’anthologie. C’est à lui que revient finalement la charge de dire la Cité, d’en exposer les arcanes et peut-être même la beauté. « Aux faits, j’incrusterai une part de fiction pour le rêve, sinon, y a des chances que l’aventure soit à l’égal du temps qui pèse sur moi, c’est à dire gris comme froid. »

Une beauté sans fard, sans ambage, une beauté qui débarque avec ce langage qui tangue, dans ce tangage de langues, et qui va droit au but, droit au coeur. Boumkoeur, explosion fixe, droit au coeur, ou comme ferait Salim Kechiouche, le champion de boxe, droite au foie. Entre violence et amitié, on reste bouche bée. Chapeau bas. A ne pas manquer.

A noter : BOUMKOEUR de Rachid Djaïdani se joue du 5 au 18 février 2010 à la Maison des Métallos (94, rue Jean-Pierre Timbaud, Paris 11ème),du mardi au vendredi à 21h00 et le samedi à 17h00… Réservations au 01 47 00 25 20 ou reservation@maisondesmetallos.org

Puis la pièce reprendra du 20 mars au 18 mai à La Boutonnière (20, rue Popincourt, Paris 11ème).