Bongo, Sassou Nguesso et Obiang Nguema font de nouveau l’objet d’une plainte en France

Une ONG, une association et un particulier ont déposé plainte ce mardi, pour la troisième fois en France, contre les chefs d’Etat du Gabon, du Congo et de la Guinée Equatoriale pour détournement de fonds. Leur important patrimoine immobilier français est l’argument principal des plaignants. L’avocat du président gabonais a annoncé qu’il déposerait plainte à Paris pour diffamation.

Le patrimoine immobilier détenu en France par les présidents gabonais Omar Bongo, congolais, Denis Sassou Nguesso et équato-guinéen, Teodoro Obiang Nguema finira-t-il par les trahir ? Ces chefs d’Etat et leur entourage font l’objet d’une nouvelle plainte déposée devant le parquet de Paris. Elle a été introduite ce mardi par l’ONG Transparency International, qui lutte contre la corruption dans le monde, l’association internationale de juristes Sherpa et un ressortissant gabonais, Gregory Ngbwa Mintsa, pour « détournement de fonds publics, blanchiment, abus de bien social, abus de confiance et complicités », a indiqué leur avocat William Bourdon. L’homme de loi français est à l’origine de la création, en 2001, de l’association Sherpa qui milite pour les droits de l’homme dans le domaine économique. Il s’est fortement impliqué dans cette croisade contre les « biens mal acquis » de ces présidents africains. « Il n’y a aucun doute sur le fait que ce patrimoine n’a pu être constitué grâce aux seuls salaires et émoluments de ces chefs d’Etats au sujet desquels il existe de sérieuses présomptions de détournements de fonds publics », avancent les plaignants dans un communiqué publié ce mardi. Ils expliquent également qu’ils ont fait appel à la justice française parce que le délit de recel, caractérisé par l’achat de maisons et autres biens, a été commis en France. Contrairement aux précédentes plaintes, les présidents Blaise Compaoré du Burkina Faso et José Eduardo dos Santos de l’Angola, ne sont pas plus concernés. « Nous avons restreint, a indiqué Me Bourdon, la plainte aux éléments extrêmement probants. Nous avons des éléments contre les présidents Compaoré et dos Santos mais qui ne sont pas en l’état aussi probants ».

En mars 2007, Sherpa, l’ONG Survie et la Fédération des Congolais de la Diaspora (FCD) ont déjà porté plainte pour les mêmes raisons. Cette dernière a été classée sans suite en novembre de la même année. La justice française avait estimé que l’« infraction (était) insuffisamment caractérisée » et que la plainte déposée alors ne justifiait pas l’ouverture d’une information judiciaire. Un an plus tard, en juillet 2008, Transparency International prenait, entre autres, pour cible la Ferrari d’Omar Bongo qu’elle souhaitait faire saisir. L’affaire est également classée sans suite en septembre. Mais ce n’est pas seulement sur le plan judiciaire que la mobilisation est forte. En avril 2008, alors que le nouveau secrétaire d’Etat français à la Coopération, Alain Joyandet, se rendait pour la première fois en visite officielle, au Gabon, le collectif Cellule Françafrique organisait une manifestation au 4, rue de Baume, dans le VIIIe arrondissement de Paris, devant l’une des acquisitions du président Omar Bongo Odimba.

La troisième fois sera-t-elle la bonne ?

Cette fois-ci, les plaignants, tenaces, ont mis toutes les chances de leur côté pour faire aboutir une procédure qui touche des chefs d’Etat de pays « amis de la France ». Ils se sont appuyés sur l’enquête policière menée par l’Office central pour la répression de la grande délinquance financière (OCRGDF) à la suite de la plainte de mars 2007. Elle a répertorié les biens concernés, mais n’a pas pu enquêter sur l’origine des fonds qui ont permis leur acquisition. « L’enquête préliminaire a permis d’établir la propriété d’Omar Bongo et de ses proches sur 39 habitations, la plupart situées dans le XVIe
arrondissement de Paris, 70 comptes bancaires et 9 voitures. Concernant la famille Sassou Nguesso, 24 appartements et 112 comptes bancaires ont été inventoriés par la police. Concernant la famille Obiang, 8 voitures de luxe et un appartement ont été identifiés», précise le communiqué. Transparency International, Sherpa et le contribuable gabonais se sont également constitués partie civile. Ce qui garantit en principe l’ouverture d’une information judiciaire.

Du côté du dirigeant gabonais, la riposte se prépare déjà. « Une plainte en diffamation sera déposée à Paris, tant sur les accusations de détournement de fonds que sur les prétendues pressions et tentatives de corruption», a indiqué ce mardi Me Patrick Maisonneuve, l’avocat d’Omar Bongo Odimba. Reste à la justice française de faire preuve d’impartialité dans cette nouvelle remise en cause de la Françafrique.