Bloffou, une perle musicale venue du Mali

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Pour celles et ceux qui n’ont pas encore eu l’opportunité de voyager en Afrique avec le chanteur Bloffou, Afrik.com vous y emmène… Maintenant !

C’est un aller sans retour en Afrique, plus précisément au Mali, que nous propose Bloffou. Dans son premier album sorti le 1er juin 2013, Merci, l’artiste malien implore l’Afrique de poser les armes et de se mettre au travail. Un cri de guerre pacifique qui vise à éveiller les esprits sur un continent où toutes les ressources nécessaires à son développement n’attendent plus que d’être exploitées à bon escient. Le premier titre de l’album, Afrika, marque le pas et invite à une balade le long du fleuve Niger. Une mélodie poignante, une voix qui transperce. Cette mélancolie ramène néanmoins à une joie à l’idée de vivre en Afrique. Qu’il fasse ou non partie de la caste des griots, assurément Bloffou est un communicateur traditionnel. Son message est une initiation à la paix et à l’amour entre les êtres. Après avoir écouté Afrika, difficile de ne pas aller plus loin. La balade ne fait que commencer…

Sabari le confirme. Dans ce reggae, le chanteur supplie, du haut de sa voix déchirée, les trois groupes armées qui ont, pendant plusieurs mois, pris en otage les populations du Nord-Mali, Ansari Dine, Al Qaïda et le Mujao, mais aussi les politiciens, d’arrêter le massacre au Mali. « Aw yaw mire a den an, Aw yaw mire koruna nine and, Aw ye safari! » « Pensez à nos enfants, pensez à ce coran, de grâce arrêtez ! ». Chanteur engagé, Bloffou tente à sa manière de faire prendre conscience des bienfaits qu’offre l’Afrique.

Le programme politique que propose Bloffou en musique est simple. Les paroles de Balaou font écho à celles de Tiken Jah Fakoly, qui appelle à un retour des valeurs africaines. Fakoly est une référence pour Bloffou qui a reçu le soutien de son « grand frère » après la sortie de ce premier opus. Et en l’écoutant, le nouveau Président malien, Ibrahim Boubacar Keita, ainsi que tous les chefs d’Etats du continent auraient de quoi s’inspirer pour donner aux Africains ce qu’ils attendent : un accès aux soins, une agriculture locale ou encore un continent placé sous le signe de la paix.

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Qui est Bloffou ?

Merci est le résultat d’une rencontre fusionnelle entre trois artistes : Bloffou, Matthieu Planchais (graphiste et musicien compositeur) et Manjul (de son vrai nom Julien Souletie, artiste et musicien Dub en exil au Mali depuis 2001). Après plusieurs rencontres à Bamako, les chemins de Bloffou et Matthieu Planchais se recroisent à Paris. Le projet prend forme, avec les moyens du bord. De retour au Mali, Bofu le présente à Manjul qui en a fait un véritable chef-d’œuvre auditif. Ainsi est né Merci, composé de sept morceaux reggae, trois acoustiques et trois dubs de trois des sept morceaux reggae, produits par Drums Sound Production.

Pour les détails, Bloffou est originaire de Mopti où il a baigné dans la musique depuis son plus jeune âge. Mais, c’est à Bamako qu’il se confirme. Dans le milieu, on parle d’un nouveau à l’énergie débordante, aux idées carrées et à la voix transcendante. Salif Keïta est conquis et décide de produire son premier single. Un ticket gagnant qui lui permet de se faire connaître et de tisser son réseau. En 2010, c’est la consécration. Direction la France pour une tournée tant rêvée par l’artiste. Mais la dure réalité du show-business rattrape notre artiste. L’organisateur de la tournée disparaît avec les recettes, quelques jours seulement après le début de l’aventure. La tournée s’arrêtera là, mais il en faut plus pour dissuader Bloffou qui décide de rester à Paris pour travailler son premier album avec Matthieu. Le retour à Bamako est assuré où c’est au tour de Manjul d’entrer en scène et d’apporter sa touche finale à un album tant attendu par le public.

Merci, un voyage en Afrique signé Bloffou.

Trois questions à Bloffou :

Afrik.com : Votre premier album poursuit son ascension, ça semble plutôt bien parti pour vous ?

Bloffou :
J’ai aimé ce qu’on a fait. Au niveau de l’Afrique, il manque un peu de moyens pour vraiment aller jusqu’au bout (de la promo). C’est le principal problème. Le second est d’ordre médiatique, il me manque un manager pour me mettre dans le mouvement. Je suis donc obligé de tout faire tout seul et ce n’est pas facile. Mais bon, je pense que ça ira, car les amis (Drum Sound Prod) m’ont toujours dit de me concentrer sur la musique et que ça irait. J’ai eu la chance d’avoir une chaîne de télévision quand-même : l’ORTM. Il diffuse mon clip et parle de mon album régulièrement. Le cheval de bataille reste maintenant les autres (radio et télévisions), on va attendre…

Afrik.com : Afrika marque le pas d’un aller sans retour pour l’Afrique. Mais d’où vous vient cette inspiration?

Bloffou :
C’est une très bonne question. Mon inspiration vient de l’actualité, des problèmes de l’Afrique, mais aussi du monde entier, les injustices, les guerres … Le premier souvenir qui m’a donné envie de m’engager c’était à Mopti, j’avais 8 ans. L’Etat malien avait fait voyager les meilleurs élèves pour aller étudier à l’étranger. On leur a payé le visa, le voyage, etc… Grace à ça, ils sont devenus riches. Mais ils ont oublié les autres autour d’eux, les enfants pauvres, les agriculteurs… Au lieu de faire profiter les autres de leur chance, ils ont gardé ça pour eux-mêmes. Dans Afrika, « l’Afrique pleure ». Je ne parle pas du Mali seulement, je parle de toute la communauté africaine. Car on a les mêmes problèmes et on doit être unis. Tout le monde dit que l’Afrique est un continent d’humanité, de partage, de fraternité. Mais à l’heure actuelle, les gens sont en train de se disputer. Message à l’Europe : si l’Europe ne regarde pas l’Afrique, et ne la soutient pas, elle va finir avec les mêmes problèmes. Soyons unis et apprenons des erreurs de chacun.

Afrik.com : On ressent bien l’artiste engagé. Quel est votre plus grand souhait pour le Mali, votre pays?

Bloffou :
Je veux la paix et la solidarité pour mon pays. Après ces années difficiles, entre coup d’Etat, guerre, division entre Maliens, on espère qu’avec le nouveau Président élu ça ira mieux. Mais je ne souhaite pas la paix qu’au mali seulement, il faut la paix partout !

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Trois questions à Matthieu Planchais :

Afrik.com : Où avez-vous déniché cette voix ?

Matthieu Planchais :
J’ai eu l’occasion de faire plusieurs longs séjours à Bamako entre 2006 et 2009. Je vivais dans le même quartier que Bloffou, on avait les mêmes amis. Signe du destin, on est tombé l’un sur l’autre à Paris, en 2010, dans un fast-food de porte de Clignancourt. Ça tombait à pic, car sa tournée tombait tout juste à l’eau et Bloffou tournait en rond. Je suis bassiste et je venais tout juste de me mettre à la composition. Bloffou avait plein de textes, et il a un tel sens des mélodies que ça a été facile de composer autour de ses paroles. Je lui ai aussi proposé plusieurs riddims pour qu’il pose dessus. Sa créativité et sa rapidité à écrire m’ont impressionné ! Après 9 mois à bosser comme ça, et à surmonter les galères d’un sans-papier à Paris, on a retenu 6 morceaux. Bloffou est parti avec, dans l’idée de les présenter à Manjul. Tout ça a créé des liens forts entre nous. Ce qui fait qu’avant même de parler travail, nous sommes d’abord des amis sincères.

Bloffou, une évidence pour vous ?

Matthieu Planchais :
Oui ! Enfin l’évidence de le produire n’est pas venu dès notre première rencontre à Bamako. Tout de suite, j’ai vraiment apprécié le personnage et sa voix, mais là-bas j’étais entouré de beaucoup de talents et j’étais quotidiennement dans la découverte. Et puis à l’époque, j’étais sur place pour le travail et n’avais pas encore de projet de production et composition.
En fait la vraie claque, je l’ai prise quand j’ai présenté Bloffou à mon groupe de musique de l’époque à Paris. Au début, Bloffou nous écoutait, timidement dans un coin. Puis, à un moment il s’est mis au centre et a commencé à chanter. Sans micro il couvrait les instruments pourtant amplifié et j’ai vu les sourires apparaître sur les visages de tous les musiciens. Ensuite quand j’ai vu la vitesse à laquelle on composait ensemble, il n’y avait plus aucun doute, il fallait qu’on fasse cet album.

Plutôt bien parti alors pour un deuxième album ?

Matthieu Planchais :
Bien sûr, on aimerait bien. Bloffou a déjà plein de titres sous la main et j’ai pas mal de nouveaux morceaux de mon côté. Mais chaque chose en son temps, comme dirait Bloffou. Pour l’instant on travaille à la promo de l’album. Vu qu’on fait tout nous-mêmes, ça prend un peu de temps et nos moyens sont limités. Mais on se bat et la très grande majorité des retours qu’on a sur l’album sont très motivants. La difficulté est surtout de faire la promo au Mali. Celle-ci est indispensable pour que Bloffou décroche, là-bas, des scènes et des passages à la télé. Mais la situation du Mali est difficile et Bloffou est seul face à ce défi. On l’aide depuis la France, mais la distance ne rend pas les choses faciles. Les Maliens viennent d’élire un nouveau Président, donc on espère que les choses vont s’arranger. Une autre priorité est de réussir à monter une tournée française qui serait le meilleur moyen de faire connaître Bloffou et de vendre l’album. Pour cela, on cherche des tourneurs ou salles. Avis aux intéressés !