Black Spirit Melody : la référence du reggae congolais

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Une production impeccable, un talent manifeste pour une vibe universelle, le groupe reggae Black Spirit Melody surprend par la qualité de son premier album M’exprimer. Et personne ne se douterait qu’il s’agit là d’un son 100% made in Brazzaville. Un tour de force exemplaire, et tout à l’honneur du continent, pour mélomanes de tout bord.

Black Spirit Melody. Le reggae africain compte un nouvel ambassadeur de choix. Le son tombe juste, les (bonnes) vibrations sont là. Du reggae, de très bonne facture, comme on aimerait en entendre plus souvent. Une qualité d’autant plus remarquable que le groupe est entièrement de Brazzaville. M’exprimer, leur
premier album, prouve que l’Afrique peut être un pôle d’excellence, et fait taire les (trop nombreux) a priori qui veulent que lorsque c’est bien fait, ça vient forcément d’ailleurs. Une belle et agréable leçon.

Alpha Blondy, père du reggae africain, ou la relève, en l’image de Tiken Jah Fakoly, les grands noms du reggae continental sont aujourd’hui ouest-africains. Et s’il n’y avait, jusque-là, aucun véritable représentant d’Afrique centrale, Black Spirit Melody s’offre de combler ce vide. « L’aventure du groupe n’a pas été facile, explique Lionel Babela, alias Mic Mac, le manager du groupe. Le fait est que ce genre musical était quasiment mort dans le pays. D’autant que Black Spirit Melody est né en 1998, juste après la guerre de 97. La musique était un peu laissée pour compte. Et puis le look rasta, avec les locks, n’était assez mal vu puisqu’il correspondait à celui des rebelles Ninjas (miliciens de l’ancien Premier ministre Bernard Koléla qui arboraient la même coupe de cheveux, ndlr). »

« Une musique consciente »

« Le reggae est une musique consciente et spirituelle, une musique équilibrée qui se médite. C’est ce qui explique sa pérennité. Il y a toute une pensée philosophique derrière. Même si elle était tombée un peu en désuétude, il nous fallait juste faire sortir les couleurs rasta qui se cachent en tout un chacun », explique Pluma, de son nom civil Boris Siassa, le fondateur du groupe, auteur, compositeur et interprète. Si Black Spirit Melody a été officiellement créé en octobre 2000, c’est la rencontre avec le producteur Armand Mondjo (Dee Soul in Town production) qui donne son véritable élan au groupe. La production au Congo est souvent le fruit d’un mécénat culturel développé par des personnalités politiques, mais Black Spirit Melody n’en avait séduit aucun. Sa persévérance a payé et se trouve récompensée par un solide soutien a-politique.

Si le reggae est associé à une musique de protestation, celui du Pluma ne cherche pas à inciter les gens à la révolte. « Je me place plutôt dans la conscientisation plutôt que dans la dénonciation ». Raison pour laquelle les autorités ne sont pas frileuses quant à sa musique. « Ils ont très bien compris ce que je voulais exprimer dans ma musique ». Tout comme sa mère. Car d’ordinaire, les parents ne voient d’ordinaire pas d’un très bon œil que leurs enfants embrassent une carrière artistique. D’autant plus, lorsqu’il s’agit du reggae, qui ne reste, pour beaucoup, qu’un vivier de fumeurs de chanvre impénitents. « C’est peut être ma bénédiction, mais ma mère est ‘reggae’. Elle a vu que j’étais quelqu’un de sérieux et de responsable (Pluma est âgé de 28 ans, ndlr). Elle ne manque pas un de mes concerts. Elle paie même sa place, alors qu’on la pouvait lui. »

Ambitions nationales avant d’être internationales

Les ambitions du groupe sont avant tout nationales, « parce que c’est plus simple pour une jeune structure et parce que nous maîtrisons le marché local, vu que nous assurons, nous même, la distribution », explique Mic Mac. Mais Black Spirit Melody est bel et bien de stature continentale, de part la qualité de sa première production. On notera plus particulièrement dans l’album M’exprimer, les morceaux « Est-ce que » ou encore « Le téléphone », qui développent une solide vibe naturelle et inspirée. Et il serait bien dommage que ce ne soit que les Congolais qui en profitent.

Petit plus, et non des moindres, les producteurs ont compris tout l’intérêt de l’Internet et ont couplé la sortie de l’album avec un site sur le groupe tout en couleurs, mais malheureusement un peu long à charger. Un autre bon point pour un reggae, rappelons-le, entièrement congolais. Une initiative à saluer, surtout qu’elle reste guidée par l’excellence et le talent.

 Black Spirit Melody, « Mexprimer », Scalde P, Dee Soul un Town, 2005

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