Biyi Bandele-Thomas, le maître nigérian des histoires

Avec L’Homme qui revint du diable, roman écrit à perdre haleine, Biyi Bandele-Thomas nous entraîne dans une ronde, une danse d’histoires successives emboîtées les unes dans les autres et dont les enchaînements sont bien ténus, et peu vraisemblables…

C’est ainsi que se joue sous nos yeux une succession de destins douloureux à travers un Nigeria déchiré entre la cruauté de traditions obscurantistes et les injustices de la société moderne qui les supplante. S’y croisent des adolescents jetés dans une course contre la mort, qui s’achève brutalement dans la violence et la marginalité. Les amours désespérés de personnages sans illusion et sans horizon s’y nouent comme un unique rempart contre la dureté du monde, mais ils ne parviennent pas à endiguer l’irruption de l’arbitraire du sort.

Biyi Bandele-Thomas vit aujourd’hui à Londres, mais il est né en 1967 à Kafanchan, au Nigeria. Ce roman publié en 1989 et traduit dix ans plus tard pour les éditions Comeau et Nadeau est comme un cri d’amour et de rage lancé vers ce pays qui l’a vu grandir. Il apporte son aliment à  » cette curiosité naturelle, cette fringale insatiable, innée chez l’homme, de tragique. Du sucre pour l’âme, le tragique « .

Au fil des narrations, dans l’écheveau des histoires, l’adolescent par les textes parvient à prendre ses distances, à se situer par rapport à tous ces destins malheureux, à choisir sa propre voie, librement différente, plus droite que la leur. Le roman lui a permis de trouver le sens d’une vie acceptable, au risque d’être rejeté, et un ami le met en garde : « Laisse moi te dire que tu as un dur chemin à parcourir. Un dur chemin solitaire. Archisolitaire même… Celui qui ose, tous les lâches sont contre lui, c’est-à-dire presque tout le monde. Les purs, on se torche avec.  » Mais il tiendra la ligne qu’il s’est fixée. Le roman, comme unique école de droiture dans un monde qui va tout entier de travers ? C’est le pari féroce et fou de Biyi Bandele-Thomas. Pari gagné.

Commander : L’Homme qui revint du diable.