Biso na Biso, une radio pygmée pour préserver les forêts

L’organisation Tropical Forest Trust et la Congolaise Industrielle du Bois – la première compagnie forestière au Congo, pays où vient de s’achever le 6e Forum mondial du développement – sont à l’origine du projet de radio pygmée Biso na Biso. Le média communautaire devrait émettre à partir de janvier dans la concession forestière de Pokola, dans le Nord Congo. L’une de ses missions sera d’intégrer les Pygmées dans les efforts de gestion durable des forêts. Précisions de Norbert Gami, coordinateur du programme.

Le savoir ancestral des Pygmées est une véritable arme pour préserver les massifs forestiers et la biodiversité qu’ils abritent. L’organisation Tropical Forest Trust (TFT) et la Congolaise Industrielle du Bois l’ont bien compris. Elles ont donc décidé de créer la radio communautaire Biso na Biso (« entre nous », en lingala), qui devrait commencer à émettre en janvier. La radio, notamment financée par la Banque Mondiale et la Fondation Chirac, sera animée par et pour les Pygmées du Nord Congo. Ils s’exprimeront dans leur propre langue pour dénoncer les activités forestières illégales et pour transmettre leurs traditions et leurs savoirs aux jeunes générations. Norbert Gami est anthropologue pour le programme social de TFT et coordinateur du projet Biso na Biso. Il précise les objectifs de cette radio, la première à émettre en langue autochtone.

Afrik.com : Comment est l’idée de créer Biso na Biso ?

Norbert Gami :
L’idée est venue de Jerome Lewis, un anthropologue de la University College London qui a longtemps travaillé avec les Pygmées. Il a constaté que le message ne passait pas bien entre les sociétés forestières et les sociétés locales, notamment parce que le dialogue se faisait en français ou en lingala, des langues que les Pygmées maîtrisent moins bien.

Afrik.com : Quels sont les objectifs de la radio Biso na Biso ?

Norbert Gami :
L’objectif est d’encourager le dialogue entre les Pygmées et les exploitants forestiers en permettant des échanges sur les savoirs traditionnels et modernes. L’idée étant de mieux faire passer les messages destinés à une gestion durable des forêts. Le but de Biso na Biso est aussi de valoriser la culture pygmée car c’est une culture qui commençait à disparaître. Grâce à la radio, les jeunes qui perdent leur culture seront sensibilisés à l’importance de connaître la forêt et à celle de la conserver intacte pour les générations futures. Biso na Biso sera par ailleurs un lieu d’échanges culturels. Les émissions seront traduites dans près de 14 langues et permettront aux Pygmées et aux Bantous de mieux s’entendre.

Afrik.com : Quels thèmes seront abordés dans les émissions ?

Norbert Gami :
Le Conseil supérieur de la liberté de la communication a classé Biso na Biso comme radio communautaire à objectif culturel. Les animateurs se rendront dans les campements de Pygmées et réaliseront des émissions à thème sur la chasse, la santé, l’exploitation forestière… Un comité sera chargé de vérifier la véracité des émissions. Les sujets concernant la religion et la politique seront exclus. Pour un début, nous voulons les éviter car dans notre zone nous avons des associations pygmées fortes qui s’expriment dans les médias nationaux sur ces thèmes. Par ailleurs, ce n’est pas à cette radio de résoudre les problèmes politiques.

Afrik.com : Comment les Pygmées ont accueilli l’arrivée de Biso na Biso ?

Norbert Gami :
Ils l’ont très bien accueillie. Lorsque nous sommes allés dans les villages pour leur annoncer la nouvelle, nous leur avons expliqué que cette radio était leur radio, qu’ils pouvaient passer des messages, annoncer le décès de quelqu’un à un autre village, raconter les histoires de chasse de leurs grands-parents… Le fait qu’ils ne soient pas obligés de parler en lingala leur plaît.

Afrik.com : La réaction des exploitants forestiers ?

Norbert Gami :
La Congolaise Industrielle du Bois est la première compagnie forestière au Congo. Elle a fait certifier 700 000 hectares où il applique une gestion durable des ressources. Elle travaille donc déjà avec les communautés pygmées. La création de la radio est pour elle un plus.

Afrik.com : Où émettra Biso na Biso ?

Norbert Gami :
Elle émettra dans un rayon de 100 à 150km dans la zone de Pokola, dans le Nord. Je pense que la radio touchera entre 10 000 et 15 000 personnes dans cette région, et qu’elle touchera un peu la République Centrafricaine et le Cameroun.

Afrik.com : Les Pygmées vivent en pleine forêt, sans électricité. Comment pourront-ils écouter Biso na Biso ?

Norbert Gami :
Nous avons fait des tests avec deux postes radio choisis avec l’aide de nos collègues de la University College London. Depuis deux ans, les communautés pygmées se partagent ces radios qui fonctionnent avec des émetteurs relais. Ces radios fonctionnent grâce à une dynamo. Il n’y a pas besoin de piles, il suffit de tourner la manivelle cinq minutes pour capter l’énergie solaire et recharger la radio. Ce qui est facile puisque nous sommes dans une zone tropicale où il y a du soleil toute l’année.

Afrik.com : Comment seront distribuées les radios ?

Norbert Gami :
Les Pygmées sont organisés en clans. Nous allons donner un radio par lignage, ce qui devrait faire entre 1 000 et 2 000 radios. Nous sommes en train de recenser les communautés semi-nomades pour avoir une estimation plus précise. Les radios seront uniquement distribuées aux Pygmées qui vivent en forêt car ceux de la ville ont déjà une radio.

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