Bill Ruterana, la force de la mode

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Bill Ruterana, 24 ans, est un jeune espoir de la mode rwandaise. Dessinateur, plasticien et styliste, il vient de recevoir un prix au dernier Festival international de la mode (Fima). Les jurés ont été sous le charme de ses créations étonnantes et très colorées.

Bill Ruterana est un jeune Rwandais tout frêle de 24 ans. Mais derrière cette fragilité apparente se cache une grande force. Et une grande créativité. Dessinateur et plasticien, Bill s’est lancé dans le stylisme à 19 ans de manière totalement autodidacte. Lors du dernier Festival international de la mode (Fima), qui s’est tenu au Niger la semaine dernière, il a
reçu le troisième prix du concours « L’Afrique est à la mode ! », le Fil de bronze. Ce concours, dont c’était la première édition, a été organisé par l’Association française d’action artistique (Afaa), en partenariat avec le Fima. Il est ouvert à des jeunes stylistes vivant et travaillant sur le continent de moins de 35 ans. L’Afaa a retenu 10 candidats sur les 95 dossiers reçus. Les dix créateurs ont défilé deux fois pendant le Fima. Sur le site de Karey Gorou, au milieu des dunes, et au Centre franco-nigérien de Niamey. Avec à chaque fois le même bonheur. Surtout pour Bill qui a failli perdre toute sa collection dans des transferts d’avion ! Les robes ont réapparu miraculeusement à quelques heures du dernier défilé… Né en 1981 à Bukavu, en République démocratique du Congo, Bill Ruterana s’est installé en 1994 à Kigali, au Rwanda. Ses créations sont foisonnantes d’expérimentations, ses vêtements saturés de teintures et il utilise des matériaux étonnants.

Afrik : Avez-vous travaillé sur des créations spéciales pour le Fima ?

Bill Ruterana :
Tout ce que j’ai présenté a été fait uniquement pour l’événement… et dans l’urgence ! J’ai eu seulement deux semaines pour tout réaliser… Comme je ne pensais pas être sélectionné, je m’étais engagé dans un autre travail. J’ai bossé dur-dur ! J’ai utilisé tout ce qui me tombait sous la main ! J’ai transformé des amortisseurs de voitures en bracelets géants, j’ai récupéré des capsules de soda pour une robe…

Afrik : La première robe que vous avez présenté est assez spectaculaire. Quelle est la matière utilisée ?

Bill Ruterana :
C’est du raphia du Rwanda. Ce sont des plantes pilées qui ressemblent à du raphia. On les utilise normalement pour se laver. Comme je suis plasticien à la base, je pense que c’est plus facile pour moi de choisir des matières originales et de les explorer. Mon travail est le fruit d’une recherche plastique devenue mode. Je voulais des toiles « mobiles » en fait !

Afrik : Vous n’avez jamais suivi aucune formation ?

Bill Ruterana :
Non, je suis autodidacte. Je ne sais pas d’où ça vient. Mon grand-frère et mon oncle sont de bons dessinateurs mais, contrairement à moi, ils n’ont jamais été au bout de leur passion. Moi, je ne peux pas vivre sans faire ce que j’aime. J’ai le souvenir d’avoir toujours dessiné, même avant d’aller à l’école. J’ai passé mon bac et je dessinais toujours. Ensuite, je n’ai pas pu m’inscrire à l’université car j’ai dû travailler pour aider ma mère. J’avais des petits boulots et j’essayais de faire des portraits, de réaliser des installations mais la culture, c’est un domaine très dur au Rwanda. Heureusement, j’ai le très grand soutien de ma mère. Ce que je gagne, c’est pour elle !

Afrik : Comment est apprécié votre travail au Rwanda ?

Bill Ruterana :
Les choses sexy ont du mal à être montrées. Elles sont systématiquement refusées. Ici, au Fima, je peux montrer toutes mes créations car, à l’international, on est plus libre. Le fait de défiler comme je veux est une sorte de message qui dit : « les gens doivent être plus libres et pouvoir s’exprimer ». Je sais que ma carrière sera plus internationale que nationale. Et si on m’accepte à l’étranger, je pense qu’on m’acceptera chez moi. Je rêve d’être une star non pas pour flatter mon ego mais pour faire accepter mon travail à mon peuple.

Afrik : Vos créations sont incroyablement colorées et gaies, malgré le fait que vous vous soyez installé à Kigali au moment du génocide…

Bill Ruterana :
Je suis gai de nature. Bien sûr, personne ne rêverait d’être présent au Rwanda pendant le génocide… mais le dessin et la couleur m’ont évité d’être traumatisé. La couleur possède une de ces magies ! Je n’ai pas de couleur préférée car je les vois toutes belles. Elles dépendent toutes les unes des autres. Le mariage, c’est ce que je préfère.

Afrik : Quelles sont vos principales sources d’inspiration ?

Bill Ruterana :
Le dessin et les plantes. Je les trouve très esthétiques dans leur façon d’être et de grandir. Je suis aussi fasciné par le corps humain, l’anatomie, les muscles.

Afrik : Comment avez-vous réagi à votre sélection au concours « L’Afrique est à la mode ! » ?

Bill Ruterana :
Je ne m’attendais pas du tout à être nominé car il me semble que je suis très différent des autres stylistes. Au moment où j’ai été averti, j’étais investi dans un boulot de peinture qui n’avait rien à voir avec la mode ! Je suis très heureux car c’est la première fois que je participe à un concours international. C’est un monde que je n’avais encore jamais côtoyé.

Afrik : Qu’allez-vous faire avec les 2 000 euros du Fil de bronze ?

Bill Ruterana :
Je veux refaire une collection ! Et je rêve de retravailler avec les autres stylistes présents au Fima. On est hyper soudés et il ne faut plus qu’on lâche ! On s’est rapprochés car c’était difficile, ici, de tout organiser et mettre au point nos défilés, surtout avec les retards de certains bagages. Et puis, c’est un milieu fraternel, on se ressemble, on a fusionné.